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C'est le 7 septembre 1923 que François naquit à Lyon, le troisième enfant d’une famille de douze. 

Son père, le docteur René Biot, était une personnalité importante du monde de la médecine et aussi, dans un autre domaine, du catholicisme social. Un colloque savant célébrait récemment, en 1989 , le centenaire de sa naissance. La mère de François, Mathilde Delcourt de son nom de jeune fille, était appréciée, outre ses dons d’épouse et de mère, pour sa grande compétence en matière de musique.

François fit ses études secondaires au Lycée Ampère. De la part de ses parents connus comme catholiques, c’était une prise de position de laïcité ; la foi chrétienne trouve son espace de vie dans le citoyen. Au lycée, le citoyen peut être chrétien : François y fut militant jéciste.

Il entre dans l’Ordre des Frères Prêcheurs (les dominicains) de la Province de Lyon, le 26 septembre 1942 . Son noviciat se fait néanmoins à Toulouse, au couvent de la rue Espinasse, situé en zone dite libre, selon la convention d’armistice avec l’Allemagne de juin 1940. Le noviciat de la Province de Lyon était à Angers, en zone occupée. Six semaines plus tard, le 11 novembre 1942 , les Allemands envahissaient la totalité du territoire de la France et la fameuse ligne de démarcation n’avait plus de raison d’être.

Fin septembre 1943 , après son noviciat, François regagne la Province de Lyon, dans le couvent d’études de Saint-Alban Leysse, en Savoie. Un nouveau père-maître des frères étudiants venait tout juste de prendre ses fonctions, le Père Edmond Caille, pour lequel il garda une vénération fidèle. En 1945 il est appelé au service militaire dans les troupes françaises d’occupation en Allemagne, dans la région de Mayence d’abord, puis à Trèves ensuite, à l’aumônerie militaire.

Rentré au couvent d’études, il fait profession solennelle (ses vœux définitifs) en décembre 1947. Après une année d’étude à Rome dans le grand couvent dominicain international, dit Angelicum – l’Ordre y reçoit des étudiants dominicains de toutes les provinces du monde, des étudiants des autres ordres religieux et des diocèses – François reçoit l’ordination sacerdotale le 5 Juillet 1949 à Saint-Alban Leysse, des mains du Cardinal Gerlier, archevêque de Lyon. Et là, deux ans durant, il achève ses études initiales.

Commence alors pour François une période d’une petite quinzaine d’années, marquée par des préoccupations d’unité chrétienne, dans la dimension surtout catholiques / protestants. Assigné en 1951 au couvent du Saint-Nom de Jésus à Lyon où, avec quelques jeunes pères de sa génération, il s’efforcera au jour le jour d’inquiéter les vieilles traditions religieuses coutumières de ce lieu, il consacrera le meilleur de son temps à travailler avec l’abbé Couturier, grande figure de l’oecuménisme lyonnais. En séjour à Mayence, à l’Institut für Europäische Geschichte, il travaille sur le commentaire de l’épître aux Romains du jeune Luther. Il y acquiert, disons le en passant, une maîtrise de la langue allemande qu’il parlera, désormais, couramment.

François s’engage donc dans l’étude du protestantisme par la connaissance des sources, le texte de Luther. Il est donc mûr pour contribuer à la fondation du Centre Saint-Irénée, à Lyon, avec le Père René Beaupère, en 1954, centre qui reste aujourd’hui un passage obligé pour quiconque veut travailler dans l’œcuménisme. Cette même année, il fait partie de l’équipe des frères dominicains qui viennent s’installer place Gailleton, lieu d’implantation du même Centre Saint-Irénée, et souche de ce qui deviendra le couvent Saint-Abraham, de grande activité théologique.

À cette époque, François publie plusieurs livres touchant aux relations avec les Églises protestantes : Communautés protestantes (Fleurus, 1959) ; De la polémique au dialogue, tomes I et II (Le Cerf, 1963) ; En route vers l’unité (Éd. du Témoignage Chrétien, 1965).

Ces préoccupations oecuméniques ne s’éteindront pas si vite. Encore dans les années 1977–1985, huit ans durant, François participe à l’animation de sessions de formation permanente de jeunes pasteurs de l’Église évangélique de Hesse Nassau, ainsi qu’à des sessions de formation de diverses paroisses évangéliques de Francfort. Il reçoit un grand accueil dans ces communautés ; il y fait de grandes amitiés.

N’imaginons pas trop vite que ses liens avec l’Église catholique se distendaient. Dès 1962 , il travaillait avec le Père Jean Pierre Lintanf, dans le Centre Saint-Dominique, au Château de La Tourette, à la formation permanente de catholiques, clercs et laïcs. Dès 1963, il enseigne à la maison d’étude pour les jeunes frères dominicains du Couvent Sainte-Marie de la Tourette, les traités les plus dogmatiques de la théologie traité de la grâce, christologie, traité de la Trinité, introduction à la théologie. François Biot n’a jamais cessé d’être un clerc dans l’Église catholique et son inclination était bien d’être un clerc, plus que d’être un laïc émancipé. Sa forte militance fut d’ouvrir l’Église à des engagements dans les problèmes de société où il voulait que tous, clercs et laïcs militants, prennent des positions neuves, libérées d’une mentalité trop bien pensante à son gré, asservie à des intérêts d’argent cachés derrière son attachement au bon ordre chrétien. Et comme il avait un goût natif pour le combat, on le voyait vite rayonnant de bonheur quand il avait pu marquer une rupture, soutenir une thèse à odeur de scandale. Il n’était pas heureux dans les consensus. Mais il faut bien le remarquer, ses désaccords passionnés ne débordaient pas la rigueur de ses positions réfléchies et anciennes ; il n’était pas l’homme d’un moment, ou d’un écart de plume. François persiste et signe. Il le peut.

Pour dire encore qu’il était un clerc, il faut remarquer que François n’avait pas de goût pour le gauchisme, ni pour les communautés de base, celles de France ou d’Europe ; il n’a peut être jamais milité contre, mais il ne s’est pas senti concerné. Leur mouvement lui semblait, à tort ou à raison, « insignifiant » ; c’est son mot. Par contre, il a mis beaucoup d’espoir, à l’intérieur de l’Ordre dominicain, dans le débat communautaire, constructif, où chacun s’engage avec responsabilité. Ses priorats ont voulu suscité cela. C’est vrai qu’il aurait voulu y faire passer sa ligne de pensée ; mais il respectait le résultat des débats.

En cette période marquée, chez lui, par le dialogue avec le protestantisme, il fut aussi aumônier du clan Tobie, routiers Scouts de France, de 1954 à 1962. D’autres pourraient dire quel fut François avec ces jeunes ; j’imagine qu’il contribuait à former des chrétiens conscients des problèmes, aptes à distinguer la foi de ses apparences trop rangées. En tout cas, il y fit de solides amitiés.

Il semble que s’opère un tournant, dans la vie de François, entre les années 1963 à 1972 . Il va, en effet, publier en 1972 Théologie du Politique (Éd. Universitaires). À partir de 1963, il enseigne la théologie à la Tourette où il s’installe comme résident, à la demande de son Provincial, en 1967 .

Dans les années 1962 1965, il participe aux quatre sessions du Concile Vatican II. Il y est correspondant de Témoignage Chrétien et expert de Monseigneur Jacq, évêque dominicain au Viêt Nam. En 1963, il entre à Témoignage Chrétíen comme membre de l’équipe permanente, adjoint à la direction. En 1970, un long séjour en Allemagne, à Heidelberg, lui permet d’étudier Le principe Espérance d’Ernst Bloch. En 1971, il participe à la fondation du Centre Albert le Grand, fortement orienté, à l’époque, sur les problèmes « foi et société », « foi et politique ». François y anime de nombreuses sessions. Il en est le directeur jusque vers l’année 1975.

C’est donc une période où s’instaure une militance dans les questions « Église et société, Église et politique ». Il s’agit d’ouvrir l’Église à des problèmes par trop étrangers à l’univers du catholicisme moyen ; de l’amener à se repenser elle même autrement. À cette époque, François accorde beaucoup d’importance à la pensée d’Ernst Bloch, à son marxisme régénéré par la découverte de la libération d’un pauvre peuple, opprimé et sans moyens, les Hébreux de la Bible. Bloch découvrait cet étrange force cachée dans la misère d’un peuple.

Certes, François n’a jamais été tenté d’entrer au Parti communiste ; sans doute parce que le Parti communiste n’avait pas, comme l’Église, sa source en Jésus Christ. François était homme d’Église, plus qu’on ne le pensait, plus qu’il ne le disait. Pourtant le Parti communiste poursuivait des objectifs en partie parallèles aux siens ; l’un et l’autre dénonçaient le capitalisme débridé, cause des écrasantes injustices du monde. De se trouver parfois en compagnonnage avec le Parti n’était pas pour déplaire à François ; il éprouvait du plaisir à se démarquer tout à coup des évidences qui semblaient aller de soi à l’ensemble des catholiques, même ouverts. Il aimait alors scandaliser. Il était fier d’être président du Mouvement de la Paix. Il le savourait parce que cela faisait parler dans les sacristies. Mais ce sont d’autres raisons qui l’avaient amené à militer pour la paix ; sa conscience ne lui a pas permis de n’agir que pour heurter ; il n’était pas de ce bois-là ; il n’agissait que par des convictions souvent graves qui, seules, emportaient ses décisions.

L’hostilité qu’il vouait aux puissances d’argent, il l’engageait tout autant dans la gestion des affaires de l’Ordre dominicain, au moment où il était prieur de 1975 à 1978 et de 1987 à 1995 , année de sa mort ou dans le Conseìl provincial. Il vénérait le Père Belaud qui, provincial, avait assumé la charge de construire le couvent de la Tourette sans recourir à des mécénats compromettants. Il eut courage et grand soin, durant ses priorats, de garder cette ligne de pauvreté, souvent angoissante. Ses motivations, dans ce domaine, c’était l’Evangíle ; c’était aussi son analyse politique constante ; dès les lendemains de la chute du mur de Berlin, et de l’éclatement de l’URSS, il disait et ne cessait de redire que le capitalisme et son économie de marché ne pouvait pas résoudre dans le monde le problème des injustices sociales écrasantes et de l’exploitation des faibles.

Une troisième période de la vie active de François Biot a une dominante latino-américaine. Dans sa pensée, la charnière a pu être sa lecture d’Ernst Bloch, l’évocation d’un peuple qui se libère. Mais l’événement fut, en 1974, les premiers contacts avec les Latino américains exilés en France et le projet d’installer au Couvent de la Tourette le Musée de la Solidarité, chassé de Santìago du Chili à la mort d’Allende. Le projet n’aboutit pas ; mais les relations avec l’Amérique latine n’allaient plus cesser. Elles aboutirent à la fondation en 1980 de l’Espace Barthélémy de Las Casas. Ce furent, dès lors, des voyages en Amérique Latine. Le premier fut, pour lui, en 1978. Furent organisés des voyages d’études avec des groupes, au Chili, au Nicaragua, au Mexique, à Cuba. L’Espace Barthélémy de Las Casas entreprit des cours par correspondance de la théologie de la libération. Il organisa au couvent plusieurs fêtes de l’Amérique latine.

On peut dire que l’itinéraire de François le préparait pour l’Amérique latine. Il trouvait, là, la réunion tant attendue de l’Église avec le changement de la société en société de justice. C’est que les communautés de base de l’Amérique Latine ne sont pas hors Église. Elles ne sont pas un parti politique. Mais elles sont, dans l’Église, le peuple chrétien qui se libère et libère, évêques en tête. C’est l’Église, établissant le droit pour la veuve et l’orphelin. Cela n’avait rien d’« insignifiant ». François avait son cœur en Amérique latine et je crois qu’il eût voulu aller s’y implanter. Mais il ne pensait pas que la théologie de la libération devait être transportée en Europe où l’histoire a défini d’autres rapports entre l’Église et la société civile.

En même temps que François Biot s’engageait tant pour l’Amérique latine, il prenait, dès 1976, à la suite et avec Frangoise Vandermeersch, la responsabilité de la revue Échanges ; il en devint rédacteur en chef en 1977, puis directeur en 1988. Cette revue réunissait, principalement, deux de ses préoccupations les plus importantes, toujours l’Amérique latine, mais aussi l’Asie et toutes ses populations pauvres d’une part, et, d’autre part, les problèmes autres des sociétés sécularisées comme la France ou des autres pays occidentaux où les sociétés civiles ont la charge d’un monde technico-scientìfique, facteur du progrès et facteur des effets pervers du progrès. François noua, au sein des collaborateurs de la revue, des amitiés solides. Il y rencontra aussi de vives contestations et dans les dernières années de la revue, qui termina en 1994, il cessa d’y collaborer.

Il eut d’autres activités encore autour de la Berliner Konferenz ; il participa notamment, en 1995, à Berlin, au colloque « Chrétiens résistants face au nazisme ». Il faut dire que François parlait couramment l’allemand et l’espagnol ; il parlait assez bien l’italien ; il apprit l’anglais dans ses deux dernières années, pour pouvoir se rendre à Hiroshima.

Il eut, en effet, à l’intérieur du Mouvement de la Paix, deux occasions parler au monde : à Hiroshima d’abord, en 1995, pour le cinquantième anniversaire du bombardement atomique […]. À l’O.N.U. ensuite, à New York. Le cadre de ces deux interventions évoque l’humanité entière ; cela manifestait ce qui ne pouvait être visible, mais était pourtant présent dans les mille autres interventions de sa vie, nécessairement situées dans des horizons plus restreints, celui de la clientèle d’un journal ou d’une revue, celui d’un groupe dans une salle de travail : il semble qu’il s’y agissait toujours de l’humanité entière ; elle devait être prise en compte dans toute démarche, dans toute parole.

On ne peut oublier de dire l’amour enraciné de François pour le couvent de la Tourette ; la communauté de la Tourette d’abord, dont il attendait beaucoup, voulant tout à la fois l’engager dans un positionnement plus déclaré dans le sens de ses propres convictions et voulant tout autant respecter les démarches de chacun dans sa propre liberté.

Amour aussi pour le bâtiment Le Corbusier. […]. Il en aimait, je crois, ce que le couvent a de choquant dans le premier abord : une modernité offensive, dans ce qui se découvre peu à peu comme une architecture discrètement sacrée, conduisant la sensibilité, à travers une rudesse, à l’abandon contemplatif, car François aimait surprendre, heurter même, pour attendre ensuite un acquiescement. Il aimait une belle et sobre liturgie ; il la présidait dignement dans l’ordinaire de la semaine ; de sa présidence, par contre, il marquait les grandes assemblées festives, pointant le message, unifiant, rassemblant. Frangois était habité par la prière secrète ; il la cachait. François était d’un accueil fraternel et chaleureux. Il n’était pas pourtant sans souffrir quand il était ignoré. Il était parfois d’une humanité sans défense, déconcertée, à nu.

Fr. Roland Ducret, o.p. †

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