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Quand ils s’engagent dans la vie dominicaine, certains frères ne se posent pas tout de suite la question de l’ordination. D’autres au contraire se sont orientés très tôt vers la prêtrise. Chacun a donc sa manière de vivre ce service d’Église. Mais si la plupart des frères deviennent prêtres (frères clercs), d’autres ne sont pas appelés à l’ordination (frères coopérateurs). Ces frères coopérateurs n’en participent pas moins pleinement à la mission dominicaine. Tous sont frères et vivent ensemble en communauté au service de l’Évangile.

Frère avant tout
Les dominicains : un ordre clérical ?
Témoignages de frères prêtres
Que peut faire un frère coopérateur ? 
Quelques figures historiques de coopérateurs 
Témoignages de frère coopérateur
Mon frère ou mon père ?


Frère avant tout

La vocation de frère dominicain est l’appel à rejoindre Jésus Christ et à former autour de lui un milieu fraternel porteur de son Évangile. Cette fraternité s’exprime dans nos Eucharisties, nos prières communes et la prédication. Mais la vie comporte aussi des repas (parfois festifs !), des échanges et entretiens, et des temps de loisir entre les frères, tout aussi importants pour une vie ensemble.


Pas de distinction entre coopérateurs et prêtres au sein des communautés, chacun participe à la vie et à la gestion du couvent. La différence entre chaque frère est la preuve de notre vocation dominicaine. Les tâches des frères sont distribuées à partir des élans que chacun porte et des besoins du couvent. La communauté devient alors un lieu où les perspectives se croisent.


Ainsi, dans nos communautés se trouvent des spécialistes de toutes sortes. Parmi les frères coopérateurs, dont certains sont surtout dévoués au service interne et matériel des communautés, pourraient se trouver aussi, comme parmi les frères prêtres, des enseignants, des philosophes ou des professionnels divers – des médecins, ou des artistes.


La vie professionnelle de chaque frère devient alors un lieu de prédication, d’amitiés et d’échanges avec le monde. Mais au-delà de tout ce qu’un frère peut faire, ce n’est pas cela qui le définit.
Les frères soulignent souvent le caractère contemplatif des frères coopérateurs. Peut-être est-ce un trait venant du fait que chez les frères coopérateurs la vie religieuse en tant que telle est mise en avant. Mais on trouve aussi parmi nos frères prêtres des contemplatifs – et la prière est à la base de tout dans cette vie dominicaine ; elle caractérise nos études, notre prédication, notre joie de vivre ensemble.

 

Les dominicains : un ordre clérical ?

par le frère Pierre Januard, o.p.

Dans la tradition et de droit de l’Église, il existe plusieurs statuts pour les ordres religieux. Certaines congrégations n’ont délibérément que des frères non ordonnés, parce qu’elles estiment que leur mission ne relève pas d’une vocation sacerdotale, l’Ordre des Prêcheurs est, lui, ce que le droit de l’Église appelle un « ordre clérical ».


L’ordre compte des frères clercs (prêtres) et des frères coopérateurs. Tous les frères sont liés par une même profession et une même vie fraternelle, avec des vocations différentes. Il ne s’agit pas, pour les frères coopérateurs, d’avoir une vie « quasi-sacerdotale » en faisant les mêmes choses que les prêtres à l’exception de la célébration des sacrements, mais d’honorer des aspects différents de la mission dominicaine.


Composé de frères prêtres et non-prêtres, l’Ordre des Prêcheurs est clérical par son histoire et par sa mission. Saint Dominique était prêtre. Il rassembla des frères pour prêcher, et bien vite la mission des frères fut aussi d’enseigner et de confesser. Les dominicains, comme disent nos Constitutions, sont « collaborateurs des évêques », à travers l’ordination par laquelle le prêtre assume une charge d’autorité dans l’Église. Ce statut d’ordre clérical a des implications pratiques : seuls les frères prêtres peuvent accéder à des charges de gouvernement, comme être élu prieur d’un couvent.


Par contre les frères coopérateurs sont membres du chapitre à part entière et peuvent voter. Ils prennent véritablement part à la mission « cléricale » de l’ordre que ce soit par les charges matérielles qu’ils exercent dans les couvents, par leur prière ou, de plus en plus souvent, par leurs engagements apostoliques et leur insertion particulière dans la société contemporaine. Présents à de multiples réalités, ils se soutiennent mutuellement avec les frères prêtres dans l’exercice de leurs missions.


En pratique, pour les frères clercs, l’appel au ministère sacerdotale est vécu de façon variable. Certains désirent devenir prêtre et entrent dans l’Ordre pour y trouver le lieu d’un plus grand épanouissement de leur vocation sacerdotale. D’autres désirent d’abord devenir frère puis acceptent, pour le service de l’Église, d’être ordonnés. Le ministère exercé varie aussi beaucoup d’un frère prêtre à l’autre.

 

Témoignages de frères prêtres

Voici rassemblés quelques témoignages de frères clercs, ordonnés depuis peu ou depuis longtemps. Ils livrent leur conception du rôle d’un prêtre et leur propre relation à l’ordre presbytéral qu’ils ont reçu après leur formation initiale dans l’Ordre de saint Dominique.

 

Frère Jean-Dominique Abrell, o.p.

Cette mission s’enracine également dans le mystère de la Croix, contemplé par St Dominique : « Mon Dieu, que vont devenir les pécheurs ? » À la violence du monde qui nous « frappe sur la joue droite » (Mt5, 39), l’artiste à la suite du Christ, répond en offrant « l’autre », un autre visage, un autre chemin de rencontre, un espace d’intériorité. L’art nous invite à sortir de la répétition pour nous délivrer de nos déterminismes de mensonge et à investir d’autres espaces de rencontres. Il nous fait prendre conscience que ce qui unit l’humanité est infiniment plus important que ce qui la divise et que l’homme est plus beau que ce qu’il est capable d’appréhender de lui-même ! L’art embrasse la prédication pour éveiller, humaniser et préparer l’ajustement au sanctificateur.

 

Frère Franck Guyen, o.p.

J’ai été ordonné il y a de cela peu de temps. Dans l’exercice de la prêtrise, je trouve une intensité particulière dans la célébration eucharistique : je le vis à ma mesure, dans la communion à la foi de l’Église et dans la présence de Dieu. C’est pour moi une joie d’être au service des frères et des sœurs, dans l’homélie, la présentation des offrandes au Seigneur et la communion avec eux au pain de la vie et à la coupe du salut. Oui, c’est vraiment un moment fort pour moi que le service des tables de la parole et table du pain et du vin.


Je parle de service, et c’est bien comme cela que je le considère : l’ordination presbytérale me met au service des hommes et femmes pour lesquels je célèbre les sacrements, et je ne me vois pas autrement que comme un serviteur inutile, admis par grâce au service du Maître. Les problématiques de pouvoir, de dignité, se sont toujours évanouies face à cette conviction profonde de n’être que cela.


Le service sacramentaire représente pour moi une respiration à teneur fortement « mystérique » (pour éviter de dire « mystique ») dans mon existence de prêcheur : la célébration eucharistique, en particulier, signifie concrètement pour moi l’alliance du ciel et de la terre dans la liturgie commune des hommes et des anges, pour le salut du monde et la gloire de Dieu.


Pour conclure, je dirais que la question de l’ordination n’en a jamais été une pour moi, tant l’ordination me semblait – et me semble toujours – une évidence dans mon engagement personnel de frère prêcheur, à la suite du Christ qui m’appelle. Il va de soi que d’autres parcours et d’autres appels existent. Voilà du moins ce qui me concerne.



Frère Jean-Pierre Mérimée, o.p
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Être prêtre dans ma vie dominicaine déjà longue (je vais avoir 70 ans et je suis prêtre depuis presque 40 ans), je peux en dire quoi ?


Je suis un enfant de Mai 68 et je me souviens que ce qui me paraissait l’aventure la plus exaltante à l’époque c’était de contribuer à tracer une figure de prêtre nouvelle, qui se démarque largement du lévite au service du culte et de la seule communauté des croyants, mais plutôt prêtre en mission aux frontières, envoyé auprès des « peuples qui souffrent ». En 1973, je devenais prêtre-ouvrier en cassant des cailloux pour Manpower sur la route de Luçon.


Je suis donc un enfant de Mai 68 qui voulait « changer la vie » mais également – c’est comme ça – d’un appel à être prêtre qui date de mes 13 ans!
Donc un enfant de Mai 68, mais pieux… pourquoi pas, la vie est pleine d’humour.


Pour faire court, je dirai que c’est l’Église qui s’engage dans ce beau titre que je porte : pour mes copains, mes voisins, mes ‘paroissiens’, ils traduisent que c’est l’Église qui me donne mandat officiellement en m’ordonnant dans le service que j’ai tenu jusqu’à ma retraite à 65 ans dans les deux entreprises où j’ai été ouvrier, d’abord dix ans ferrailleur en armatures pour le béton et ensuite manutentionnaire cariste dans un entrepôt de matériaux de construction pendant plus de vingt ans. J’étais prêtre de ce peuple là, et je venais après bien d’autres prêtres-ouvriers, compagnons des bons et des mauvais jours, compagnons d’espoir et de lutte.


Prêtre, je le suis aussi dans ce quartier de Moulins, où je vis aujourd’hui avec trois autres frères dominicains, à l’école d’une fraternité qui se rassemble autour de ceux qui sont les plus démunis, célébrant l’Eucharistie avec eux.


Je le suis également comme aumônier régional des équipes du Rosaire, au service de ceux qui pratiquent cette prière simple qui va du cœur de Marie à celui du Christ.



Frère Yves Combeau, o.p.

J’ai été appelé à la prêtrise avant de discerner une vocation dominicaine. Le modèle des prêtres que j’ai connus a été déterminant. Certains de mes apostolats, comme la Cave du 222 (un bar chrétien), ne m’engagent pas d’abord comme prêtre, mais plutôt comme frère (comme grand frère des jeunes qui s’y rassemblent). D’autres, comme ami et compagnon.


Mais il me semble que je suis prêtre en plusieurs dimensions fondamentales.


D’abord la prédication, la prédication dans la liturgie, « parler de Dieu et à Dieu », acte sacré. Ensuite, le don des sacrements au peuple de Dieu. Petit peuple des scouts, des associations, à qui le prêtre, messager, apporte le don sacramentel.


Et encore, la prière sacerdotale, cette prière d’intermédiaire qui reporte devant Dieu la joie et la peine de son peuple. C’est la prière de saint Dominique, je crois ; non que chaque chrétien ne participe à ce sacerdoce-là, mais le prêtre le fait par toute sa vie donnée.


Enfin, la dimension paternelle du ministère du prêtre. Peu évoquée à notre époque (à toute époque ?), le rôle du père qui contribue à donner vie, qui accueille, porte, oriente et lance dans la vie est pourtant une des vocations humaines et chrétiennes les plus importantes. La main du prêtre qui consacre et bénit est une main paternelle…



Frère Jean Druel, o.p. 
En frappant à la porte des Dominicains, je n’ai jamais pensé devenir prêtre. Je voulais devenir frère. Donner ma vie à Dieu, lui appartenir. À la fin du noviciat, j’ai découvert qu’un des frères de mon noviciat était coopérateur. Je pensais que la question ne se poserait pas tout de suite. Qu’on verrait plus tard.


Le maître des novices m’a dit de faire confiance. Que c’était normal. Que j’avais fait des études. J’ai eu le sentiment d’avoir été piégé. Je ne voulais pas entrer dans la hiérarchie de l’Église. Je ne voulais pas devenir un « prélat » comme il y en a tellement dans l’Ordre.


Et puis j’ai traversé les années d’étude, avec la confiance qu’on m’avait demandée.


Avant l’ordination, j’ai été trouver un frère à qui j’ai raconté tout ça. Il m’a demandé pourquoi j’étais rentré dans l’Ordre. Pourquoi je posais maintenant des conditions au don de moi-même. Et si c’était ça l’aventure ? Aller où on ne pensait pas aller.


Aujourd’hui je vis en Égypte. Tout ce que je fais, je pourrais le faire sans être prêtre. Au quotidien, je suis coopérateur. Et l’aventure continue. Qui sait où et comment je vivrai dans dix ans ! Le bonheur n’est pas d’être prêtre ou non. Le bonheur c’est de vivre pour Dieu.



Frère Bernard Senelle, o.p.

Je dois dire qu’après vingt ans d’ordination presbytérale, je ne peux que rendre grâce pour les dons reçus. Si, juste avant l’ordination, cet appel me faisait peur et résonnait de manière dissonante au sein de la vocation religieuse, très vite, il m’est apparu constitutif de notre charisme de prêcheur. Le ministère auprès des étudiants et des jeunes professionnels constitue jusqu’à présent le fil rouge de mon ministère ordonné et j’en rends grâce à Dieu. Cela oblige à une constante remise en question et nous plonge au cœur de la difficulté actuelle de l’Église à rassembler. On ne touche pas des foules mais l’essentiel est dans la joie que l’on éprouve à accomplir sa tâche. Souvent, il m’a été donné de découvrir que la parole est allée bien au-delà de ce que j’avais imaginé à vue humaine. « Si le Seigneur ne bâtit la maison, les bâtisseurs travaillent en vain. » (Ps 126, 1)


Dans tout cela, il m’a été donné de naviguer dans des eaux diverses, d’accompagner des groupes appartenant à des milieux assez variés : de nos frères en formation, en passant par le monde européen, la prédication chez nos moniales et dans d’autres communautés religieuses De tous, j’ai tout reçu, bien davantage que ce que je n’ai pu donner. Ce qui émerge, c’est un sentiment d’une immense gratitude qui n’en finira jamais de s’exprimer dans ce qui est la source de tout apostolat : la prière.



Frère Jean-Luc-Marie Foerster, o.p.

Que dirais-je ? C’est parfois terrible d’être prêtre. Tenir entre ses mains le Corps du Christ et la coupe de son Sang, savoir que Dieu est là, et être si mal là soi-même, si peu là. Élever la coupe où Dieu se donne en son Fils par amour pour nous et dans ce moment de l’élévation voir se refléter dans le métal du calice sa propre image de pêcheur, d’infidèle, de fils prodigue. Souvent l’envie de tout lâcher, d’arrêter là, de fuir en courant. Et pouvoir pourtant se tenir là par la seule fidélité de Dieu et balbutier juste avant de communier : « Seigneur, ne permets pas que je sois jamais séparé de toi ! »


Le bonheur d’être prêtre, pour moi, c’est de témoigner de cette Bonne Nouvelle de la fidélité miséricordieuse de Dieu pour tous, dans le quotidien des jours et dans le sacrement de réconciliation.



Frère Arne Dominique Fjeld, o.p.

Quand j’ai commencé à me poser la question de la vie religieuse, j’ai d’abord cru avoir la vocation de moine. Mais dans les années cinquante, il n’y avait pas de monastère pour hommes en Norvège. (Le 14 septembre 2009, Citeaux a enfin inauguré un monastère près de Trondheim, mais pour moi c’est 50 ans trop tard.) Par conséquent j’ai voulu devenir franciscain, mais les franciscains en Norvège appartenaient à la province néerlandaise, et je ne parlait pas le flamand.


Alors, finalement, je me suis dis que je pourrais être frère dominicain co-opérateur comme le frère Pierre Klingberg que j’avais rencontré, mais mon directeur spirituel – un père dominicain – m’a convaincu que l’Église en Norvège avait besoin de d’avantage de prêtres norvégiens.


C’est pourquoi j’ai accepté d’être ordonné. Mais je suis toujours resté un peu « anti-clérical », comme je dis, dans le sens où je collabore aussi bien ou même mieux avec les sœurs et les laïcs qu’avec le clergé local… Tout compte fait, cela a probablement été utile, car j’ai été quinze ans prieur, et huit ans Vicaire Provincial de Dacie. Le fait d’être ordonné m’a donné le privilège de recevoir la confiance, et ensuite l’amitié d’un grand nombre de personnes cherchant un appui pour leur foi et le sacrement de réconciliation.


Le couvent d’Oslo compte depuis 35 ans le frère Gérard Ketterer, co-opérateur. Il est un pilier du couvent, toujours présent à la liturgie, toujours économe du couvent, secrétaire du Conseil conventuel et du chapitre. Les frères prêtres sont remplaçables, le frère Gérard non !



Frère Hubert Cornudet, o.p.

Handicapé depuis quelques années en fauteuil roulant ma perception de la prêtrise a-t-elle changé ? Je ne le pense pas : j’ai toujours considéré ma fonction sacerdotale comme un service, en plus de ceux qui sont induits par mon baptême et ma profession religieuse, pour le peuple de Dieu. Célébrer les sacrements ou y participer revient un peu au même sauf que la nécessité de construire l’Église demeure et que les ouvriers ne sont pas si nombreux.


Prêcher, baptiser et confesser est ce que je peux faire le plus aisément dans mon état. Les sanctuaires et les autels ne sont pas adaptés. Ainsi, s’il m’arrive de prêcher lors de funérailles ou de mariages je me fais aider par un autre prêtre considérant que la vision d’un célébrant en fauteuil roulant n’est pas idoine.


J’avoue ne pas être très à l’aise avec le caractère (dans la terminologie passée) attachée au sacerdoce. Autant une ADAP (Assemblée dominicale en absence de prêtre) en présence d’un prêtre valide serait curieuse, mais dans mon cas c’est différent. Je ne revendique pas mon état pour compliquer des célébrations qui en général sont figées dans un ritualisme tel, qu’elles ne parlent plus au cœur et au corps. En mettant tellement la fonction sacerdotale du côté du sacré, l’église devient parfois inhumaine et perd sa fonction première qui est de témoigner sur cette terre de la miséricorde du Christ.



Frère Franck Dubois, o.p.

Le jour de mon ordination, j’ai regardé les frères de mon noviciat : « Eh bien si eux sont prêtres, moi aussi je pourrai l’être ! » Depuis le temps que nous cheminions ensemble, j’avais la certitude que ces hommes étaient comme moi, avec leurs générosités et leurs faiblesses, convictions et doutes, bref de vrais religieux : loin d’être des hommes parfaits ! Leur présence à mes côté m’a rassuré, elle manifestait que cette ordination nous était, formellement, demandée par la Province. Ensemble, il nous était désormais requis de servir nos frères les hommes en tant que prêtres. Cette ordination, ce n’était pas « mon truc » mais « notre affaire » et cela, pour moi, changeait tout. J’étais Dominicain, et puisque Dominicain, j’allais devenir prêtre.


Je le suis désormais, et j’espère que je le suis avant tout « pour les autres », ceux que j’ai la joie d’accompagner : lycéens, fiancés, groupes de retraitants et bientôt, personnes détenues. Célébrer l’eucharistie et la réconciliation avec eux, c’est essayer de donner corps à leur foi, de leur faire goûter à l’espérance, en chair et en os, du Christ ressuscité.


Mon ordination ne sera pas vaine si, par ce ministère de réconciliation et de miséricorde que j’essaye d’exercer, des hommes et des femmes retrouvent courage, et la force de traverser ces « épreuves impossibles » que la vie réserve tôt ou tard à tous.


Être prêtre, cela ne veut pas dire réaliser toute l’ampleur du mystère célébré, cela ne veut pas dire se hisser à la hauteur de la grâce qui m’est faite, cela veut simplement dire essayer, jour après jour, comme tout baptisé, de faire en sorte que tout puisse contribuer à l’avènement de Son Royaume.



Frère Lionel Gentric, o.p.

Quand je suis entré pour la première fois dans le processus de discernement qui m’a conduit à embrasser la profession de frère prêcheur dans l’Ordre de saint Dominique, la question qui se posait n’était pas celle de devenir prêtre : c’était celle de la vie religieuse. La décision que j’ai prise, qui a fait l’objet d’un discernement de ma part et qui a suscité l’engagement de ma liberté, c’est bien de faire profession religieuse comme dominicain. Ce faisant, j’ai placé ma vie toute entière sous le signe de la prédication de l’Évangile, d’une prédication enracinée dans la contemplation du mystère de Dieu et dans la réalité de la vie fraternelle.


Aussi la question de l’ordination ne s’est posée que fort tard, si tant est qu’une vraie question se soit jamais posée. Au moment venu, j’ai consenti sans réserves à être ordonné diacre, puis prêtre, et je m’y suis dûment préparé.


Si je peux dire avoir reçu une « vocation » à devenir prêtre, c’est en deux sens différents. Le premier, c’est que, par la voix (ou plutôt par la plume) du Prieur provincial, l’Ordre m’a formellement demandé d’être ordonné – au nom de l’obéissance et sous le seul motif que « notre Ordre a été institué principalement pour le salut des âmes ». L’argument est imparable.


La seconde forme de l’« appel » que j’ai reçu s’apparenterait davantage à un appel d’air qu’à un appel téléphonique. Le Peuple de Dieu, en France, manque aujourd’hui de prêtres pour célébrer les sacrements de la foi et pour honorer la charge de la prédication au cœur de la célébration eucharistique… Beaucoup de chrétiens ont faim ; beaucoup craignent d’être condamnés à rester sur leur faim ; un certain nombre me l’ont dit. Je ne pouvais pas ne pas l’entendre. J’avais la formation requise, mes frères m’ont reconnu apte… : j’ai été emporté par l’appel d’air.

 

 

Que peut faire un frère coopérateur ?


Les ministères assurés par des frères coopérateurs sont très variés. On pourrait distinguer trois « types » d’activités qui ne s’excluent pas l’une l’autre mais qui peuvent donner une idée de la liberté d’engagement des frères au service de la mission de l’ordre. Certains requièrent de passer des diplômes universitaires ou professionnels.


Les ministères de prédication : enseignement religieux, de formation catéchiste, ministères dans des écoles religieuses ou campus, retraites ou ateliers, prédication, évangélisation de laïcs, conseil pastoral, aumônerie, missions internationales, etc.


Les ministères professionnels : agences sociales, psychologiques, conseil, services de santé, administration, gestion, finances, administration pastorale, renseignement, musique, médias de communication, art et design, etc.


Les ministères communautaires : dirigeant, gestion et supervision d’équipes, maintenance et construction ou gestion des propriétés, services de santé, administration économique, gestion des communautés, des biens, services d’alimentation, environnement, ingénierie et mécanique, sacristains et organisateurs liturgiques, intendants de chapelles, etc.

 

 

Quelques figures historiques de coopérateurs


La participation des frères non prêtres à la mission de saint Dominique est aussi ancienne que la fondation de l’Ordre des Prêcheurs elle-même. À la suite de Odéric de Normandie, compagnon de saint Dominique et premier coopérateur de l’Ordre, de multiple figures de frères coopérateurs se sont succédées, à travers l’histoire, chacun manifestant un charisme propre et servant la prédication dominicaine à sa façon.


Les plus célèbres d’entre eux restent sans doute saint Martin de Porrès, serviteur des affligés au Pérou, et saint Jean Macias qui fut catéchiste et, lui aussi, ami des pauvres. Mais il faut aussi faire mémoire de saint Francis Shoyemon qui fut martyrisé au Japon juste après avoir pris l’habit, du bienheureux Diego de Santa Maria qui fonda une école et enseigna aux Philippines, de Michel de Zamora qui fabriqua des ponts et des couvents au Mexique, et de tant d’autres !


Sans compter un certain nombre de frères coopérateurs artistes ou artisans. Surtout à des époques où l’art avait plus de place qu’aujourd’hui dans l’Église. On peut par exemple évoquer Ristoro da Campi (†1283) et Sisto Fiorentino (†1289), architectes de l’église Santa-Maria-Novella à Florence ; Fra Bartolomeo (1472-1517) et Fra Paolino da Pistoia (1490-1547), fameux peintres de la Renaissance ; Claude Borrey et Jean Raymond Renard (†1660-70), de Toulouse, sculpteurs et architectes ; François Romain de Gand (1647-1735), architecte de plus de cinq cents ponts qui, en 1685, fut convoqué à Paris par Louis XIV pour reconstruire le pont Royal et le Pont-Neuf.


Le frère Jean-Esprit Isnard (1707-1781) né à Bédarrides, dans le Vaucluse, était facteur d’orgues. Il est l’auteur de certains des plus beaux orgues d’église du sud de la France. Son chef-d’œuvre est celui de la Basilique de Saint-Maximin dans le Var. Notre temps a aussi ses frères coopérateurs artistes, comme par exemple, dans notre province, le frère Björn Engdhal du couvent de Lund (Suède), peintre et architecte.


Les frères coopérateurs, à travers les âges comptent beaucoup d’hommes vertueux et inventifs, mais, sans doute parce que l’humilité est leur premier souci, peu d’entre eux restent dans les mémoires. Se souvient-on d’avantages des frères clercs ? Pas si sûr.

 

Témoignages de frères coopérateurs



Frère Björn Engdahl, o.p.

Je suis frère coopérateur. C’est une vocation particulière, comme celle de mes frères prêtres est particulière. Elle marque, d’une certaine façon, le point de vue que j’adopte sur l’Église : comme tous les chrétiens non ordonnés, je la regarde en étant au pied de l’autel, à une certaine distance. Je comprends cette situation comme un appel au partage et à l’amitié, aussi avec les gens qui sont loin de l’Église. 


Cela m’a d’ailleurs amené, avec l’aide de ma communauté, à chercher un travail dans mon domaine : l’urbanisme. Ainsi, deux jours par semaine, je pars travailler au service de l’urbanisme de Malmö, une ville de trois cents mille habitants à dix-huit kilomètres de Lund, au bord de la mer. Juste en face de Copenhague. Je gère actuellement un projet de réaménagement du site de l’ancien chantier naval de la ville, à l’époque le plus grand de Suède, avec des halls industriels gigantesques. Ce site immense sera dans dix ans un vrai quartier du centre-ville, avec ses places, ses activités culturelles, ses bureaux et ses habitations. 


Les enjeux économiques et culturels d’un tel projet sont évidemment énormes et de nombreuses questions se posent : Comment préserver quelque chose de l’héritage industriel de la ville dans le contexte de ce nouveau quartier ? Comment garantir une certaine mixité, au niveau culturel et social, malgré les logiques marchandes qui voudraient tout cloisonner ? 


Comment éviter que ce quartier ne devienne encore un quartier réservé aux magasins de luxe et aux appartements haut de gamme? D’une certaine façon, tout peut sembler joué d’avance, mais parfois des choses peuvent changer, si les bonnes paroles sont prononcées au bon moment. 


Suis-je frère dominicain au travail ? Oui, avec mes questions, mes points de vue influencées par la foi, la vie commune au couvent, mes études, mes prières. Pas seulement en ce qui concerne les projets, mais aussi sur les conditions de travail de l’équipe. La vie de travail est devenue tellement techniciste et déshumanisante qu’elle a justement besoin d’être adoucie par des liens fraternels, qui manifestent, en paroles et actes, que le travail doit servir l’homme, et être un lieu de communion, d’échange et de fête.


La prière a aussi une part très importante dans ma vie, mais parfois sous une forme particulière. II y a la prière commune au chœur, et la prière d’oraison, silencieuse, mais il y a aussi pour moi la peinture. Je peins le plus souvent possible. C’est un autre genre de méditation, avec les couleurs et les thèmes de représentation qui me sont venus au cours des années. Une expression personnelle, qui pourra, peut-être, rejoindre aussi l’intime des autres.


Mon temps se partage donc entre mon travail d’urbaniste, le dialogue avec les étudiants de l’aumônerie de l’Université de Lund que j’anime, les rencontres et expositions avec d’autres artistes de Lund et puis la peinture en silence qui doit naître malgré moi, en moi. Une vie variée, dont la complexité est parfois énervante mais souvent stimulante, à la suite de saint Dominique, sur le chemin libérant de la miséricorde de Dieu.

 

Frère Yvon Guénédal, o.p.

Parce qu’entré au noviciat à un âge inhabituel (soixante-deux ans), on me demande souvent : « Vocation tardive ? » et je réponds : « Non, vocation reportée ». Reportée, parce qu’à l’adolescence, le désir de vie religieuse m’avait effectivement titillé, mais je croyais alors qu’elle n’était qu’un des aspects de la prêtrise, et comme je n’avais aucune envie de devenir prêtre (et faute de mieux me renseigner), je me suis donc orienté vers une activité professionnelle. Cette profession m’a d’ailleurs apporté beaucoup de joie et de plaisir, mais toujours avec le sentiment d’être passé à côté de quelque chose.


Ce n’est que vers cinquante ans que j’ai découvert qu’il était possible de vivre une vie religieuse en dehors de la prêtrise. C’est alors que j’ai rencontré les Dominicains à Rennes. L’un d’eux est devenu mon conseiller spirituel et c’est lui qui, après quelques années, m’a proposé d’entrer dans la communauté avec le statut de familier. Après une réflexion rapide, j’ai liquidé mon appartement et tout ce que je possédais pour m’installer dans une cellule du couvent. Le bonheur ! Enfin j’avais la vie que j’avais toujours voulue, une vie réglée par les offices et la prière. Cette vie a duré presque quatre ans, mais déjà au bout de deux années, la frustration revenait, ce n’était pas tout à fait ce à quoi j’avais aspiré. Bien sûr, je vivais avec les frères, le couvent était ma maison, mais je me sentais plutôt comme un cousin que comme un frère. Et puis je ne portais pas l’habit, je n’étais pas au chœur avec les frères, bref, je ne faisais pas encore partie à cent pour cent de la famille.


Alors voilà, avec l’accord de mes frères, j’ai postulé pour le noviciat. Ma demande a été acceptée, et, après un an de noviciat à Strasbourg, me voici à soixante-trois ans, jeune frère assigné au couvent du Saint-Nom-de-Jésus à Lyon. Il ne m’aura fallu que quelques jours pour trouver ma place dans cette nouvelle communauté où j’assume la charge d’hôtelier avec deux autres frères, ainsi que celle de « responsable lumière et son » pour les conférences de notre centre culturel « Agora ». Cette dernière activité a d’ailleurs l’avantage de me faire rencontrer d’autres personnes, qui sont en lien avec le couvent. 
Comme j’ai encore le statut de frère étudiant, il me faut aller à la faculté, mais avec un programme allégé qui me laisse toute latitude pour l’apostolat. Ainsi, dès le début de cette année, j’ai commencé à faire de la catéchèse pour les enfants « voyageurs ». En même temps, j’ai commencé un stage dans le but de devenir aumônier d’hôpital. Ce sont là deux lieux qui, pour moi qui ne ferai pas d’homélies, puisque ma vocation est d’être un frère coopérateur, me permettront quand-même d’avoir une vraie prédication et, je l’espère, d’être enfin dominicain à cent pour cent.

 

Mon frère ou mon père ?

Extrait de la Chronique du Chapitre Général de Cracovie, daté du 12 août 2004.

« La session de ce matin passa beaucoup de temps pour trouver un nom pour les frères non-ordonnés qui poursuivent leur ministère de prédication dans le cadre de leurs vœux. […] Il y avait risque de donner à ces frères un statut non canonique, puisqu’il n’existe pas de terme pour cette réalité. […] D’autres ont affirmé que l’Ordre devait modifier son attitude envers les frères coopérateurs et reconnaître l’éminence de leur statut. […] Longues discussions. […] Le repas devrait-il être retardé ? […] Enfin les frères capitulaires se mirent d’accord pour exhorter tous les membres de l’Ordre à s’appeler officiellement « frères », laissant tomber toutes les autres nuances, les utilisant seulement quand c’était nécessaire. »

Devenir dominicain ? Pourquoi pas ?

Pierre a 21 ans, il est étu­diant. Étien­ne a 26 ans, il est prof. de fran­çais. David a 25 ans, il est cui­si­nier. Mar­cel a 30 ans, il est édu­ca­teur de rue. Ils ont décou­vert les Domi­ni­cains et s’inter­ro­gent : peut-être que le Christ les invi­te à le sui­vre à l’école de saint Domi­ni­que ? Leurs moti­va­tions sont diver­ses et par­fois enco­re floues, mais l’Esprit Saint a ou­vert leurs cœurs. Au cœur de leur vie, ils enten­dent le mur­mure de l’appel de Dieu. Pour­quoi ne pas répon­dre ?

Et toi ? Si tu cherches une vie fraternelle, simple et joyeuse, si la diversité ne te fait pas peur, si tu te sens prêt à découvrir ta vocation propre, si tu aimes la prière et si tu as le désir de servir Dieu et les hommes… Pourquoi ne pas venir voir comment nous essayons de vivre tout ça ?

 

N’hésite pas à m’écrire : charles.ruetsch@dominicains.fr

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