Qui sommes-nous ?. Où sommes-nous ?. Que faisons-nous ?. Devenir dominicain. Huitième centenaire. Rechercher. Nous aider. Actualité. Prédication numérique. Nous contacter. Retraite dans la ville Facebook Nous contacter

« Au jour du Jugement, tout ce qui nous désole et nous inquiète dans notre vie, Dieu y jettera à peine un coup d’œil ; c’est de la misère, et la misère est faite pour la miséricorde comme le blé pour le moulin. Le secret de l’évangile, c’est tout simplement le mystère insondable de la miséricorde. Et c’est pourquoi, au-delà des pécheurs et même des enfants, il y a encore dans l’Évangile quelque chose de plus profond, ou plutôt quelqu’un, il y a un certain Visage. » M.D. Molinié, o.p. 

Dominique, modèle de miséricorde
La part tendre de Dieu
Consentir au réel
Miséricordieux jusqu’à la mort ?
Bienheureux les miséricordieux
Le regard de la miséricorde
Miséricorde et discernement
La miséricorde, un horizon ambitieux

 

Dominique, modèle de miséricorde
par le frère Pascal Marin, o.p.

 

Il est attribué à Dominique un titre qui résonne avec beaucoup de force pour un frère prêcheur : praedicator gratiae. Ce qui signifie « prêcheur de la grâce ».
Cela s’entend sans doute mieux en latin qu’en français, car le mot de « grâce » est tellement dense et riche qu’il en devient presque impénétrable dans son sens. Que veut dire « grâce » dans « prêcheur de la grâce » ? Le sens profane, simple, du mot « grâce », c’est d’abord « faire grâce ». Un homme a été condamné à mort en raison d’un crime et voilà qu’on lui fait grâce. Il vivra.

 

Un prêcheur de la grâce est donc un prédicateur dont la parole fait grâce, dont la parole libère et donne vie à tous ceux qui la reçoive. Elle tend la main. Elle remet debout sur un chemin de conversion.

 

Saint Dominique, praedicator gratiae, est un homme encore dont toute la présence rendait la vie plus joyeuse et légère à ceux qui le rencontraient. Sa présence était, comme Marie, « pleine de grâce ». Elle avait la douceur de l’amitié. Le frère Jourdain, qui lui a succédé à la tête de l’Ordre des prêcheurs, disait ainsi de lui : « il accueillait tout le monde au cœur de son amitié et comme il aimait tout le monde tout le monde l’aimait. »

 

Voilà qui éclaire aussi la parole de Dominique, sa prédication.

 

Notons l’insistance sur le « tout le monde », qui revient ici par trois fois. Le souci de tout le monde, du salut de tous est un trait par excellence de l’apôtre, qui se fait « tout à tous », en vrai témoin du Christ mort et ressuscité pour tous. « Se faire tout à tous », la formule est de saint Paul (1ère Lettre aux Corinthiens, chapitre 9, verset 22) et nous savons que saint Dominique a vécu dans les lettres de saint Paul. Elles furent pour lui une école de la grâce où sa parole de prêcheur s’est formée.

 

Nous n’avons pas gardé les prédications de Dominique, mais, sur la foi de ces quelques indices, nous avons une belle idée de sa prédication. Et de ce que peut être la miséricorde à son école.

 

La part tendre de Dieu
par le frère Jean Mansir, o.p.

 

Mon expérience de Frère prêcheur, admis dans « l’Ordre de la Vérité » grâce à la miséricorde de Dieu et de mes frères, c’est qu’il faut beaucoup de temps pour nuancer ou plutôt pour interpréter l’exigence morale du bien et du vrai. Cela se fait grâce à la découverte et à la reconnaissance de la « misère » des hommes, à commencer par la sienne propre ; reconnaître que nous ne sommes au fond que des gamins pour lesquels s’impose la lente pédagogie de l’amour, la bienveillante éducation.

 

N’est-ce pas ce que Dieu a mis en œuvre tout au long de l’histoire biblique ? Ce qu’a vécu et annoncé Jésus-Christ, en particulier dans ses paraboles, celles par exemple du père de l’enfant prodigue, de la pécheresse pardonnée et aimante…

 

Telle est donc la première découverte que les décennies de vie dominicaine m’ont permis de faire : celle de l’active patience envers moi-même et envers les autres. Donner ainsi la priorité non pas aux notions (le bien, le vrai) mais aux personnes, aux sujets, avec leur histoire personnelle, leur situation particulière, leurs faiblesses.

 

Ma seconde découverte, grâce à l’étude approfondie de la Bible et surtout grâce à la prière, aura été celle de la « maternité » de Dieu ; Dieu que nos civilisations phallocrates nous présentent volontiers comme « Père » mais jamais comme « Mère », avec le risque de ne pouvoir le comprendre que selon la figure du dominant, du chef, du juge, et pas vraiment sur le registre de la tendresse, de l’indulgence…

 

Pourtant, la Bible situe très souvent la miséricorde dans les « entrailles » de la femme qui conçoit et enfante (rah’amim, « les tendresses », même racine que le mot désignant le ventre de la mère, l’utérus, rehem). Selon le prophète Isaïe, Dieu se présente comme une mère qui console son enfant (Livre d’Isaïe, chapitre 66, verset 13).

 

Cette tendresse maternelle de Dieu va se retrouver dans le Nouveau Testament, et d’abord en Jésus ; par exemple lorsqu’il apprend la mort de Lazare, son ami : il se trouble alors, « frémit dans ses entrailles » et se met à pleurer (évangile selon saint Jean chapitre 11, versets 33, 35 et 38).

 

Elle se concentrera ensuite en Marie, dans une spiritualité qui découvrait ce manque dommageable pour la foi ; du coup, le peuple chrétien va « compenser », hélas parfois de façon immodérée...

 

De fait, j’ai mis du temps à découvrir que, décidément, l’Évangile n’est pas fait pour les fiers-à-bras ; il est fait pour ceux qui acceptent de se reconnaître fragiles, enfants… Il est fondamentalement tendresse, ce qui est bien sûr tout autre chose que mièvrerie… Cela s’appelle l’amour.

 

 

Consentir au réel
par le frère Martin Hillairet, o.p.

 

La miséricorde s’inscrit toujours au cœur de relations qui font date dans une existence.


Pour moi, tout a commencé une certaine nuit de l’hiver 1943. J’allais avoir 15 ans. Je me retrouvais avec des camarades de lycée dans un train arrêté en gare de Saint-Quentin. Nous allions donner quelques boissons et des biscuits vitaminés à un train de personnes déplacées. Leur détresse était palpable. Là, s’est enracinée en moi une question qui s’est toujours imposée avec une grande insistance : « Qu’est-ce donc qui peut rendre les gens heureux ? » Viendra plus tard le temps du mûrissement de cette question dans une réflexion théologique et politique.

 

Viendra aussi le temps du choix de vie dans l’Ordre, mais toujours habité de cette question qui est au cœur de l’évangile. Un autre événement va faire date pour moi : la découverte du handicap à travers des rencontres dans des lieux de catéchèse ou d’aumônerie et aussi dans l’expérience concrète d’une vie réellement communautaire avec des personnes handicapées mentales. J’ai alors perçu combien il était important de ne pas faire l’impasse sur la réalité de ce handicap qui blesse mon frère, malgré cette envie spontanée que j’avais de le nier, comme si le nier pouvait m’empêcher de le voir.

 

Comment pourrait-il y avoir de miséricorde si je n’accepte pas de rencontrer la blessure de mon frère, comme une véritable plaie me blessant à mon tour. Il ne peut y avoir de miséricorde sans reconnaissance de ce réel qui fait souffrir tous les hommes.

 

Cette reconnaissance du réel est nécessaire pour vivre l’attitude juste qui va permettre à celui qui était marginalisé de trouver, peu à peu, une place dans la société des hommes. Une place où il peut apporter sa part, aussi modeste soit-elle, quelles que soient ses blessures.

 

Du coup, la miséricorde nous engage non seulement dans ce qui est notre engagement individuel mais aussi dans la dimension politique de notre existence.

 

Un troisième type d’expériences viendra m’interroger sur mon aptitude à la miséricorde : la rencontre de ceux qui, pour des raisons diverses, vivent dans l’inquiétude de leur cheminement spirituel. Inquiétude compréhensible quand ils découvrent que leur comportement tombe sous le coup d’une certaine interprétation de la vie chrétienne, ou sous le coup d’une loi ecclésiastique…

 

La miséricorde me provoque d’abord à l’écoute. Je suis alors conduit à m’interroger : est-ce que nous ne jugeons pas souvent de manière très superficielle ? Est-ce que ce qui blesse mon frère ne m’habite pas, moi aussi ? Où en suis-je ?

 

Parfois, il m’arrivera qu’une véritable attitude de miséricorde me fasse reconnaître la douleur mortifère d’un frère au point même de lui conseiller ce qui serait considéré, selon les critères habituels, comme une transgression de la loi commune…

 

Voilà que la miséricorde nous provoque à cette question : comment participons-nous réellement à la vie des hommes et des femmes de notre temps ? Elle pourrait devenir alors source d’invention. Nous ne sommes que des apprentis de la miséricorde…

 

 

Miséricordieux jusqu’à la mort ?
par le frère Hubert Cornudet, o.p.

 

Au moment de notre profession nous demandons la miséricorde de Dieu et celle des frères. Il est donc sous-entendu, lorsque nous faisons profession solennelle, que nous demandons à nos frères et supérieurs d’être miséricordieux avec nous « jusqu’à la mort ».

 

Il est donc question de vie et de mort. La racine hébraïque derrière le mot miséricorde renvoie à l’utérus. Dieu fait miséricorde comme une mère donne la vie. Cette affirmation est un leitmotiv dans la Bible et particulièrement dans les Psaumes. Dieu ne se lasse pas de faire miséricorde mais qu’en est-il de nos frères ? Ils peuvent se lasser, c’est bien humain ! Pourtant, par la profession, nous nous engageons à vie dans cet acte qui permet à nos frères de vivre, et pas seulement de survivre, ce qui est malheureusement parfois le cas.

 

« Mon Dieu ma miséricorde » et, d’autre part, « Que vont devenir les pêcheurs ? » Dans ses deux cris, saint Dominique frémit à l’idée que certains soient laissés de côté sur le chemin de la vie. Indigents, pauvres de toutes sortes : tous doivent parvenir au salut. Sans miséricorde on a vite fait d’emprunter une spirale dépressive et de glisser vers un abîme sans fond. Le regard de l’autre est essentiel pour nous témoigner que nous sommes aimables, que nous sommes enfants d’un Dieu qui veut la vie en nous.

 

Bien des non-pratiquants affirment qu’ils ne vont plus à la messe car ils se lassent des demandes de pitié à répétition qui émaillent nos liturgies. « Seigneur, prends pitié », « Pardonne nous nos offenses », « Agneau de Dieu qui enlèves le péché du monde, prends pitié de nous », « Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir… », sans parler de certaines lectures jugées culpabilisantes du corpus biblique ni des prédications qui insistent sur nos iniquités. Et pourtant, n’est-ce pas vrai que nous avons du mal à vivre ensemble ? Sans doute pour beaucoup d’entre eux, et cela doit nous alerter, il y a une difficulté à reconnaître que le pardon est une nécessité pour vivre ensemble et pour répondre à la violence souvent aveugle qui frappe notre monde et notre vivre ensemble.

 

Les frères dominicains vivent en communauté. Dans une communauté, il n’y a pas d’un côté les forts et de l’autre les faibles, les bien portants et les malades, les équilibrés et les déséquilibrés, les normaux et les pathologiques, il n’ y a que des frères qui tentent vaille que vaille de construire une sainte prédication et nous avons tous besoin les uns des autres. Ceci est un préalable essentiel quand on prétend appartenir à une fraternité. Sans l’exercice de la miséricorde, si bien illustré par le baiser de paix dans nos eucharisties, nos communautés deviennent des enfers sur terre.

 

 

Bienheureux les miséricordieux
par le frère Michel Albaric, o.p.


Bienheureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde(Mt 5, 7). Une béatitude différente des autres. Aux pauvres est donné un royaume, aux doux la terre est promise, aux larmes, la consolation, etc… Aux miséricordieux, la miséricorde. Ils reçoivent un don identique à celui qu’ils auront fait. Remets-nous nos dettes comme nous les remettrons à nos débiteurs(Mt 6, 12). Une béatitude semblable à notre prière : Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à nos offenseurs.

 

La miséricorde, un cœur sensible à la misère. Le mot résonne de tant d’harmoniques : compassion, bienveillance, humilité, douceur, patience(Col 3, 12).

 

La miséricorde ne détourne pas les yeux, elle tend l’oreille, elle touche et elle ressent. La miséricorde, un total engagement de soi, un encouragement dans l’amour, une communion dans l’Esprit, un élan d’affection (Ph 2, 1).

 

La miséricorde est la qualité généreuse du cœur : partager son pain, vêtir qui est nu, accueillir l’autre, l’étranger, visiter les malades ou les prisonniers. Ces œuvres nous épargneront le Jugement ; alors nous serons placés à la droite du Seigneur (Mt 25, 31-46). Ainsi la miséricorde peut-elle être à la fois un bienfait apporté au corps, un apaisement de l’esprit, et une guérison de l’âme.

 

La miséricorde de Dieu s’étend de génération en génération, chante Zacharie, le père de Jean-Baptiste (Lc 1, 50). Elle est le propre de Dieu à ce point que l’un de ses noms est Le Miséricordieux. Merveille de ressemblance : lorsque que nous faisons miséricorde nous sommes à l’image de Dieu. Ce don de Dieu nous crée à sa ressemblance, et dans notre existence terrestre commence alors notre résurrection, notre béatitude. Ce don s’étend de génération en génération. Comme Dieu, la miséricorde est pour tous les temps, pour tous les lieux, pour tous les hommes. Cette vertu est l’honneur de l’humanité.

 

Kyrie eleison. Cette prière était, dans l’antiquité, l’acclamation de la foule à l’entrée du prince dans une ville. « Seigneur prends pitié » : que ta puissance, ta force, ne nous écrase pas, que ta richesse vienne en aide à nos misères !

 


Le regard de la miséricorde
par le frère Pierre Lambert, o.p.


Nous exprimons tout par des mots, formés à partir de ce que nous vivons. C’est ainsi qu’il existe un mot pour dire cette réponse du cœur (cor, cordis en latin) provoquée par la rencontre d’une personne en détresse (miser en latin), pour signifier l’acte par lequel notre regard nous entraine à recevoir et à partager le mal-être de quelqu’un. Cependant il ne suffit pas d’entendre le mot « miséricorde » pour susciter en nous un geste d’amour jaillissant du fond de notre être. La miséricorde n’est pas un acte d’intelligence, mais un mouvement du cœur faisant suite à notre regard sur une personne.

 

Tel fut le regard de Jésus vers cette femme de Samarie allant puiser de l’eau au puits, y venant seule car sa conduite la mettait à l’écart des autres femmes. Tel fut le regard de Jésus vers cette femme à la réputation sulfureuse venue, lors d’un repas chez Simon le lépreux, verser sur sa tête un parfum de grand prix. Tel fut le regard de Jésus vers cette femme de Jérusalem, qu’au nom de la Torah les juifs voulaient lapider afin, peut être, de ne pas succomber eux-aussi à ses charmes. Tel fut le regard de Jésus sur ce percepteur corrompu de Jéricho qui, compte tenu de sa petite taille et de ses actes coercitifs, ne pouvait se mêler à la foule. Tel fut le regard de Jésus sur Simon-Pierre, après que celui-ci l’ait renié trois fois. Tel a été le regard de Jésus sur les deux bandits crucifiés à ses côtés, regard qui suscita chez l’un d’eux la compassion pour son voisin de gibet.

 

Tel est le regard que Jésus porte sur chacun de nous, car son cœur n’exclut aucune de ses créatures. Tel est le regard que, dans le « Salve Regina », nous demandons à la Vierge Marie d’avoir pour chacun de nous : illos tuos misericordes occulos ad nos converte (Tourne vers nous tes yeux miséricordieux). Tel est le regard que nous demandons à nos frères de l’ordre des Prêcheurs d’avoir à notre égard lors de notre profession religieuse. Et cette demande est déjà un aveu de nos détresses et de nos faiblesses que nous demandons à nos frères de porter avec nous.

 

Pour nous réconcilier avec son Père, Jésus a, dans une première démarche, reçu le baptême de Jean. Il a pris sur lui, en se plongeant dans l’eau du Jourdain, toutes les saletés morales que les hommes y avaient déversées. Sommé d’intervenir contre une femme accusée d’adultère, Jésus a mis en avant un argument qui, puisqu’il ne jeta pas de pierre, laissait supposer qu’il était lui-aussi pécheur.

 

Lorsque nous portons un jugement sur une autre personne en stigmatisant sa conduite afin de l’obliger à changer, il ne s’agit pas d’un regard de miséricorde, mais d’un rejet et d’une séparation. Si telle ou telle personne vit une situation anormale, cette situation a pour origine la souffrance et la détresse qui sont en elle. La miséricorde consiste alors, comme l’a fait Jésus, à vouloir être solidaire et à partager la condition de cette personne, car c’est ainsi, et ainsi seulement, qu’avec l’aide de Dieu, nous verrons assez clair pour retirer la paille qui est dans l’œil de notre frère.

 


Miséricorde et discernement
par le frère Emmanuel Dollé, o.p.

 

À celui qui sollicite d’entrer dans l’Ordre est posée la question : que demandez-vous ? La réponse est : la miséricorde de Dieu et la vôtre.

 

Celle de Dieu ne nous appartient pas et nous l’imaginons totale et infiniment aimante. Mais la nôtre ? Celle des frères ? À chaque vote de profession pour un frère, la question de la miséricorde se pose à l’intime de celui qui est interrogé. Elle est ce cœur sensible et ouvert à comprendre la vérité de l’autre (ses potentialités, ses grandeurs, ses faiblesses). Le jeune homme qui désire devenir dominicain passe d’abord un an de noviciat à la suite duquel il sollicite de faire profession simple pour trois ans ; puis il séjourne trois ans dans un autre couvent (d’études) avant de demander son entrée définitive dans l’Ordre (profession solennelle). Chacune de ces deux étapes passe par le vote de la communauté avec laquelle le frère a vécu. À ces occasions, chaque frère votant doit se déterminer en conscience sur la capacité du frère à poursuivre sa vie dominicaine.

 

Dois-je accueillir ce frère dans notre Province, au nom de la miséricorde puisque cela m’est demandé ? Suis-je là pour peser ses qualités, porter un jugement qui deviendra définitif ? Que sais-je de sa relation à Dieu ?

 

La miséricorde fait appel au cœur de celui qui est interrogé, et un cœur qui aime. Mais parfois n’est-elle pas employée comme un refus de décider ou comme une fuite en avant : je vote oui aujourd’hui pour ce frère, pourtant difficile à vivre, et la miséricorde comblera demain ? Elle pourrait même devenir lâcheté : je n’ai ni l’audace ni le courage de dire, de me prononcer et je me réfugie derrière elle.

 

Au contraire, notre miséricorde doit être la nécessité humble d’aimer totalement l’autre pour tenter de trouver ce qui lui apportera le plus de chances d’être heureux, de s’épanouir, de rendre service à l’Ordre et de rendre heureux ses frères. Car, dans la vie dominicaine, l’annonce du Christ, pour difficile qu’elle soit, ne doit pas évacuer la question du bonheur.

 

Bien sûr, j’aime celui qui demande à faire profession parce que je sais que le Christ l’aime. Je dois l’aimer pour qu’il s’épanouisse dans l’Ordre mais aussi l’aimer assez pour lui dire simplement que je pense que son bonheur est ailleurs. La miséricorde est tendresse, mais lucide. La miséricorde demande un discernement généreux.

 

La miséricorde ce n’est pas le choix confortable d’accepter à la profession les frères qui me plaisent mais la responsabilité clairvoyante de discerner le plan de Dieu dans la demande de l’autre. Elle n’est pas une tolérance qui ferme les yeux, elle est cet amour de l’autre qui ouvre mon cœur à sa quête de bonheur. Elle met en œuvre un courage exigeant et charitable.

 

En d’autres occasions, la miséricorde doit être amour qui pardonne, mais pour la demande de profession, la miséricorde ne remet pas une dette. Au contraire elle fait crédit, elle confie des talents à faire fructifier. Est-ce dans l’Ordre ou ailleurs qu’ils porteront le fruit de la gloire de Dieu ? Que demandez-vous ? La miséricorde de Dieu et la vôtre.

 

 

La miséricorde, un horizon ambitieux
par le frère Raphaël de Bouillé, o.p.


« Plus le singe monte haut, plus l’on voit ses fesses » devrait être un proverbe dominicain (en fait il s’agit d’un proverbe africain). La vie dominicaine est, en effet, extrêmement ambitieuse : vivre les béatitudes, porter l’évangile à toutes les nations.

 

La réalité peine parfois à suivre et c’est plutôt agaçant. Par exemple, il est parfois pénible d’entendre tel frère prêcher avec éloquence ce qu’il vit pourtant péniblement, ou tel autre ruminer éperdument une rancune pour ne pas entendre toutes celles que l’on a à son égard.

 

Mais le plus usant, c’est de découvrir que l’on est pire que ces frères-là ! Dois-je confesser que, pour ma part, je peux prêcher avec zèle la ponctualité, mais que ce n’est le plus souvent que par accident que j’arrive à l’heure ?

 

L’Ordre dominicain est un ordre de la miséricorde, car nous faisons l’expérience du pardon de Dieu et notre témoignage de la miséricorde s’enracine dans cette expérience fondatrice.


L’Ordre dominicain vit par la miséricorde de Dieu, car vivre en communauté, c’est découvrir que les frères ont tous les jours quelque chose à nous pardonner, parfois héroïquement.

 

L’Ordre dominicain vit de la béatitude des pauvres de cœurs car notre pauvreté à vivre l’évangile nous donne l’expérience de la miséricorde et de l’humour de Dieu, pour en témoigner à tous.

 

« Si tu veux faire rire Dieu, raconte-lui tes projets » dit un nouveau proverbe, dominicain peut-être.

Ce que nous faisons ? Il est plus simple de dire d’abord ce que nous ne faisons pas. Nous ne faisons pas de business. Nous ne faisons pas carrière non plus. Notre truc à nous, c’est la prédication.

Mais, est-ce que prê­cher c’est faire quel­que chose ? Ou bien ne serait-ce pas seu­le­ment « par­ler » et, pour tout dire, « par­ler dans le dé­sert » : à des égli­ses vides, à un monde trop bru­yant. On par­le et person­ne n’écoute… 

 

Non ! Pour nous, prê­cher, c’est agir. Prêcher, c’est d’abord cher­cher, pour mieux com­pren­dre ce qui se joue dans notre monde. Puis, prê­cher, c’est ren­con­trer les hom­mes d’aujourd’hui : les jeunes ou les vieux, les biens por­tants ou les mala­des, dans l’Église et hors de l’Église… Prê­cher, c’est enfin ai­mer les pau­vres, et le pau­vre en cha­cun. Alors oui, prê­cher c’est, bien sûr, pronon­cer des paro­les, mais pas de ces paro­les qui ne font que « dire ». Nos paro­les, comme des sacre­ments, doi­vent agir, ou­vrir des che­mins de vie, don­ner à voir le Ciel quand l’hori­zon sem­ble bou­ché. Et si nous « fai­sons » tout cela pour d’au­tres, c’est aussi parce qu’à chaque rencontre il nous est donné de ren­con­trer Dieu.

Partager à un ami




votre message a été envoyé