Qui sommes-nous ?. Où sommes-nous ?. Que faisons-nous ?. Devenir dominicain. Huitième centenaire. Rechercher. Nous aider. Actualité. Prédication numérique. Nous contacter. Retraite dans la ville Facebook Nous contacter
La province de France est une des plus anciennes de l’Ordre : elle date sans doute des deux premiers frères que, de Toulouse, saint Dominique a envoyés à Paris. Son nom ne désigne pas un pays mais une langue : le français, la langue d’oïl.

 

L’état de grâce des commencements

 

Si Dominique est castillan, c’est bien au nord de l’Europe que naît l’idée de l’Ordre et c’est en France qu’il se concrétise.

 

L’aire géographique de la France des XIIe-XIIIe siècles connaît à la fois une explosion urbaine (avec l’apparition d’une nouvelle classe sociale, les « bourgeois », qui réclament un nouveau style de prédicants), l’essoufflement de la Réforme grégorienne et le développement d’un christianisme anti-clérical qui demandent une réponse radicale de l’Église.

 

Saint Dominique, dans le mouvement des Ordres mendiants, prend en compte la totalité des ces nouveaux éléments en développant une prédication des villes, des structures institutionnelles calquées sur les institutions du moment (mouvement des communes libres et de la vie commune féminine, masculine et des oblats laïcs) et une exigence intellectuelle qui mène les premiers frères à habiter près des Universités.

 

Dès la fondation de l’Ordre, le pouvoir pontifical, qui ne peut plus compter sur les vieilles structures des légats pontificaux pour assurer son pouvoir, nomme les frères aux postes clés : évêques, cardinaux (en moins d’un siècle, deux frères dominicains deviennent Papes : Innocent V, ancien prieur provincial de France et Benoît XI) ainsi qu’inquisiteurs.

 

Devenus très vite puissants, les Dominicains organisent l’Ordre en Provinces, la Province de France, la Province de Toulouse (créées du temps de saint Dominique en 1221) et la Province de Provence (créée en 1301) deviennent, durablement, des entités-identités distinctes. Les Moniales et les oblats (appelés Pénitents) dominicains suivent le même mouvement répondant ainsi à la demande de conversion de tous.

 

La Province de France, centrée autour de son Studium generale, le couvent Saint-Jacques, (au point que l’on nommera longtemps « Jacobins » tout dominicain français, même s’il n’a jamais mis les pieds à Paris !), voit les frères enseigner dans les Universités (saint Albert le Grand et saint Thomas d’Aquin), prêcher, diriger (évêques et cardinaux), partir en mission, contrôler, « inquisitionner » (Bernard Gui). La nouveauté de leur théologie (lectures des philosophes antiques), de leur prédication destinée aux bourgeois des villes (l’acceptation du prêt à intérêt où les Franciscains ont beaucoup « poussé à la roue »…), leur mobilité (les frères ne sont pas cloîtrés) et leur goût pour la mission (Grand Nord, Extrême Orient…) créent, jusqu’à la grande peste de 1348, un essor sans précédent.

 

 

L’essor arrêté et les réformes

 

Le XIVe siècle met un coup d’arrêt à cet essor. Si la date de la grande peste (1348) est un bon repère chronologique (les 160 frères de Marseille meurent tous de la peste en quelques semaines), en revanche, les causes sont plus profondes et plus structurelles. Comme les structures qu’il était censé remplacer un siècle avant, l’Ordre s’est embourgeoisé et sclérosé sous la poussée d’une société qui s’est, elle-même, figée. Les maîtres des Universités deviennent des caciques jaloux de leurs privilèges, les couvents somptueux doivent trouver des sources de revenus autres que la prédication mendiante (sépultures des nobles et des bourgeois, messes, location de leurs locaux, entrée de très jeunes fils de bonne famille etc.) Le grand schisme de l’Église divise l’Ordre en deux (si la majorité des couvents de la Province de France prend fait et cause pour le Pape d’Avignon, tous les couvents du Nord de la Province se rangent sous la bannière du Pape de Rome : le ver de la division des Provinces est dans le fruit). On peut aussi poser la question du trop-plein des couvents dans des villes saturées (un décret pontifical de 1265 oblige à ne pas construire deux couvents mendiants à moins de 500 mètres l’un de l’autre).

 

Un mouvement de réformes, profond, commence alors. Il s’agit de revenir aux principes des commencements tels qu’on les pense à l’époque : rappel de la pauvreté mendiante, développement d’une spiritualité basée sur l’austérité et l’étude.

 

C’est la Province de Provence (Arles, Saint-Maximim) qui lance le mouvement qui va toucher tout l’Ordre. Quatre Maîtres de l’Ordre successifs de 1426 à 1482 viennent de cette Province et imposent au reste de l’Ordre les principes de la réforme. Les Provinces de France et de Toulouse voient la réforme s’installer dans leurs couvents de manière parfois physiquement violente (en 1499, les frères d’Auch en viennent aux mains pour se chasser mutuellement du couvent ; en 1502, deux cents jeunes étudiants de Saint-Jacques qui n’acceptent pas la réforme sont expulsés par les archers du roi Louis XII) ou bien institutionnellement violente (l’impossibilité de mettre d’accord les frères oblige l’Ordre à créer des Provinces extra-territoriales, appelées Congrégations, ce qui installe l’Ordre dans la division, parfois à l’intérieur de la même ville : Paris connaît jusqu’à la Révolution française la co-existence de trois couvents dépendant chacun de trois structures institutionnelles différentes).

 

Le Rosaire, né dans la tête d’un Breton exilé à Gand, devient jusqu’à aujourd’hui le puissant appui de cette réforme.

 

Malgré les turbulences de la Réforme protestante et des guerres de religion, la situation se stabilise. Contrairement à ce que pourraient laisser penser les statistiques, la baisse du nombre des frères aux XVIIe et XVIIIe siècles, va de pair avec une vie religieuse retrouvée. La division entre frères depuis le grand schisme a permis aux pouvoir séculiers de mettre un pied dans la porte des couvents et Richelieu et Louis XIV ne se priveront pas d’intervenir parfois même dans les décisions du conseil conventuel du couvent Saint-Jacques ou dans la réforme des couvents de province. Mais si la Révolution finit par fermer des couvents qui n’étaient plus, quantitativement, que l’ombre d’eux-mêmes, il n’empêche que les derniers siècles de l’ancien régime ont vu des grands réformateurs (Sébastien Michaëlis), des prédicateurs actifs, de réels mystiques, des écrivains confirmés (Louis Chardon avec La Croix de Jésus), de truculents missionnaires (Jean-Baptiste Labat) cohabiter avec quelques agités politiques… Les Moniales ont suivi, peu ou prou, les vicissitudes des frères mais c’est surtout dans le Tiers-Ordre dominicain que les choses évoluent : des femmes, tertiaires dominicaines, décident à l’instar de Marie Poussepin, de grouper autour d’elles quelques compagnes dans un souci à la fois contemplatif et apostolique : les Sœurs apostoliques dominicaines sont nées.

 

 

Mort et restauration

 

La Révolution française annihile complètement six cents ans d’histoire : les bâtiments sont détruits, les bibliothèques et les archives dispersées, les frères et les sœurs en exil. Tout le monde (y compris les frères) pense qu’une page de l’histoire se tourne. Ils sont les derniers dominicains. L’heure est à autre chose.

 

La décision de l’abbé Henri Lacordaire, prêtre du diocèse de Paris, de restaurer quarante ans plus tard l’Ordre dominicain en France vient de l’idée que la France a besoin des Dominicains et non l’inverse. C’est une analyse sociale et politique (née de son observation d’avocat lettré et de journaliste) qui le mène à la restauration de l’Ordre. Quand il monte pour la première fois dans la chaire de Notre-Dame de Paris en habit dominicain (« le froc impopulaire » depuis la légende noire de l’inquisition), c’est pour parler de la « Vocation de la Nation française ».

 

Les Fils de Lacordaire, nombreux, brillants, turbulents jusqu’à la rupture avec le restaurateur (création du couvent de Lyon en 1856, création de la Province de Toulouse en 1865), resteront fidèles à cette intuition que l’on n’est pas dominicain pour l’Ordre (et que l’on pourra d’ailleurs malmener à l’occasion) mais pour la société qui nous a menés à l’Ordre.

 

Malgré les expulsions de 1880, les spoliations de 1903, rien n’empêche les Dominicains français de prendre à bras le corps les défis de leur temps : l’éducation avec la Congrégation enseignante, le souci des plus faibles avec les nombreuses congrégations féminines dominicaines qui s’activent dans tous les champs sociaux, la recherche scientifique (l’École biblique et archéologique française de Jérusalem, la Revue des sciences philosophiques et théologiques, la Commission léonine…), les mission extérieures (Brésil, Colombie, Canada, Mésopotamie, Indochine, Haïti, Afrique francophone…), l’enseignement philosophique et théologique, l’édition (Les Éditions du Cerf), la presse (L’Art sacré, La Vie spirituelle, Sept…), la radio, la télévision (le CFRT) et Internet (la Retraite dans la Ville), le dialogue avec les autres confessions chrétiennes (Istina) ou avec les musulmans (IDEO).

 

Les Dominicains français n’ont jamais cessé d’être au plus près de leurs contemporains (au point parfois de friser la fusion avec eux dans les expériences communautaires de l’après-68). Comme saint Dominique et comme Lacordaire, le but était d’être frères des hommes, compris comme compagnons de route, comme amis et non pas comme différents ou distincts d’eux.

Qui sommes-nous ? Des moines ? Non pas vraiment. « L’habit ne fait pas le moine. » En l’occurrence, cela s’applique !

Notre vie ressem­ble pourtant à celle des moines, c’est vrai : nous vivons en frères, avec une vie commu­nau­taire, parta­geant la table, mettant en com­mun nos biens. Louant ensemble, ou seuls, le Seigneur et lui confiant le monde qui vit et parfois souf­fre. Mais notre vie se passe aussi à l’exté­rieur car nous sortons du cou­vent (qui n’est donc pas un monas­tère). En effet, le monde nous appelle : nous sommes des prê­cheurs, et l’annon­ce de la parole de Dieu à nos contem­po­rains est la grande affai­re de notre vie.

 

À l’origi­ne, il y a le cœur débor­dant de saint Domini­que, inquiet de voir tant d’hommes et de femmes à l’écart de la Bonne Nouvel­le. S’en­tou­rant de frères, il ne tarde pas à les disper­ser aux quatre coins de la terre pour prê­cher à ceux qu’ils croise­ront sur leur chemin. Un cœur qui débor­de, telle est donc l’origi­ne de l’Ordre des prê­cheurs. Et depuis huit siècles, frères, sœurs et laïcs domini­cains s’atta­chent à rester fidèles à cette mis­sion si belle : Louer, bénir et prêcher.

Partager à un ami




votre message a été envoyé