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  Dominicains - Province de France > Réflexion > Vie dominicaine > La vie fraternelle
fr. Pascal Marin Le frère Pascal Marin est entré dans l’ordre dominicain en 1987, après avoir exercé quelques année le métier d’ingénieur. Il est enseignant en philosophie et responsable du premier cycle des études pour les frères de la province de France.
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De l’égoïsme à la douceur

Il est difficile de parler de la vie communautaire en général. Parce que, ce qui existe, ce n’est pas « la vie communautaire », mais cette communauté-ci et cette communauté-là qui vit selon l’art de vivre en commun des frères qui la composent. Et il faut reconnaître que certaines communautés savent mieux y faire que d’autres.

Aussi le jugement pessimiste de Voltaire sur la vie commune monastique peut correspondre à certaines situations de détresse communautaire, comme est vrai aussi le jugement plein d’espérance de l’homme de la Bible.

Voltaire disait : « La vie monacale, quoi qu’on en dise, n’est point du tout à envier. C’est une maxime assez connue que les moines sont des gens qui s’assemblent sans se connaître, vivent sans s’aimer, et meurent sans se regretter. » (Voltaire) Et l’homme de la Bible, quant à lui, écrit : « Oui, il est bon, il est doux pour des frères de vivre ensemble et d’être unis ! on dirait un baume précieux, un parfum. » (Psaume 132)

Tout l’art de la vie commune est de faire passer ses membres de l’insensibilité mutuelle d’une juxtaposition d’égoïsmes (selon Voltaire) à la douceur d’une communion fraternelle (selon la Bible).

Pour comprendre ce qu’est, en christianisme, la vie commune expérimentée par les communautés religieuses, il faut la regarder selon la perspective de ce passage. Ce passage vers la douceur, l’amitié, en passe par le défilé d’un rude affrontement de chacun avec lui-même.

À travers les conflits et les frustrations de la vie commune, chacun peut bien sûr « rentrer dans sa coquille », mais c’est aussi l’inverse qui peut énigmatiquement arriver, non pas l’aigreur, mais la joie, non pas l’ironie méchante, mais la distance sensible de l’humour, non pas l’accusation mais le franc-parler et la miséricorde.

L’enjeu de la vie commune est d’éveiller progressivement en chacun le goût, le sens de l’autre. Et celui qui prend goût à l’autre connaît sans doute un peu de la saveur du Tout-autre, car comme dit Saint Jean, « celui qui n’aime pas son frère - qu’il voit - ne saurait aimer le Dieu qu’il ne voit pas » ( Première lettre de saint Jean 4, 20). Ce qui veut dire que si celui-là voyait Dieu, il l’aimerait encore moins que le frère. Il en aurait même horreur. Tout cela pour dire a contrario avec l’homme de la Bible que la vie commune peut se faire chemin du Ciel.

 De l’égoïsme à la douceur