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  Dominicains - Province de France > Réflexion > Études bibliques > Le "discours" chétien au crible de la Parole de Dieu
fr. Philippe Lefebvre Le frère Philippe, agrégé et docteur ès lettres, est professeur d'Écriture sainte à l'université de Fribourg (Suisse).
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Connaissance selon le serpent ou Parole de Dieu ?

Finalement, de quoi est-il question quand on parle de cette opposition entre "discours" ambiant et parole biblique ?

D’un enjeu présent dès le commencement : va-t-on laisser Dieu parler, s’expliquer sur ce qu’il dit ? Lui permet-on d’être une Personne qu’il convient de fréquenter, d’entendre longuement, d’interroger chaque jour, afin d’entrer peu à peu dans son mystère ? Ou bien est-il considéré comme la lointaine garantie d’un système intangible d’organisation du monde dans lequel on a sa place ? Pour dire cela en d’autres termes : est-on dans le registre de la rencontre ou dans celui de la connaissance du bien et du mal a priori ?

Le serpent dès Genèse 3 offre les moyens de distinguer le bien du mal sans avoir à rencontrer Dieu, sans consulter sa parole de manière circonstanciée, sans laisser cette parole traverser les apparences. Le serpent propose aux braves gens de savoir ce qu’il faut penser et faire en toutes occasions sans plus avoir à s’interroger. À l’inverse de cette attitude, Dieu, lui, entre en conversation ; et cela est beaucoup plus risqué, cela emmène sur des chemins non prévus d’avance. La relation avec lui s’approfondit, avec tout ce qu’elle comporte de confiance à trouver : la parole de Dieu va-t-elle nous déstabiliser, nous contredire sans cesse, ou bien au contraire est-elle vraiment cette expression d’un Autre qui parle pour notre vie ? C’est en cela que commence un véritable dialogue avec Dieu, avec d’autres, inattendus, qui cherchent loyalement au-delà de ce qui est convenu et convenable.

Marie Madeleine une semaine avant la passion achète un parfum extrêmement cher et en oint les pieds de Jésus à Béthanie (Jean 12, 1-8). Il y a bien entendu quelqu’un parmi les témoins pour s’offusquer : on aurait pu utiliser l’argent considérable qui a été dépensé pour soulager des pauvres. La remarque est juste ; un détail pourtant : elle émane de Juda, qui a commencé ses tractations secrètes pour livrer Jésus. Jésus intervient pour magnifier le geste de Marie et il ajoute cette parole choquante : "Des pauvres, vous en aurez toujours avec vous".

Comment comprendre ces gestes et ces paroles qui en effet interrogent ? Comment justifier Marie de Magdala ? Comment entendre Jésus ? Est-ce dire qu’il ne faut plus jamais donner d’argent aux sœurs de Mère Térésa, mais toujours aux grandes marques de parfums ?

Admettons, lecteur, que tu sois un participant de cette scène de Béthanie : qu’en penses-tu ? Qu’en dis-tu ?

Connaissance selon le serpent ou Parole de Dieu ?