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La vie qui surgit

Homélie prononcée par le frère Bernard Senelle pour la Vigile pascale, samedi 7 avril 2012

Christ est ressuscité, le jour se lève sur la longue obscurité et les ténèbres de ces derniers jours. Les reniements, les trahisons et les injustices de tous les temps que Jésus a assumées sur la croix n’ont pas découragé Dieu d’être avec l’homme et de l’aimer comme un enfant. Etonnante, surprenante, merveilleuse résurrection d’un Dieu qui jamais ne désespère de ce monde et des réalités de violences qui sont les siennes. En cette nuit de lumière, c’est d’abord la parole qui brille, celle de Dieu qui s’était tu et qui ce soir, à l’aube d’un jour nouveau s’exprime par la bouche de son Verbe : «  N’ayez pas peur ! » Jésus s’adresse aux femmes ici réunies : Marie et Salomé. Sans ces femmes nous ne serions pas là et par elles, c’est à la communauté des apôtres et des croyants de toute l’histoire que Dieu parle : nous ressuscitons ensemble en cette nuit où Dieu parle sur fond de grand silence.

 Dans l’ombre, il demeurait présent et ne s’est pas arrêté de sauver l’humanité et le cosmos, l’homme et les bêtes qui emplissent une terre bien malmenée. Depuis trois jours, nous vivons beaucoup de nuit et passons du temps dans les jardins. Le jardin d’Eden, le jardin d’agonie et nous sommes dans le jardin du tombeau vide pour accueillir la vie : c’est là qu’entrent celles et ceux qui vont recevoir le baptême et particulièrement Linh qui sera baptisée tout à l’heure. C’est le jardin du baptême, fleuri à souhait, respirant bon les parfums de lilas et d’autres fleurs, c’est le jardin des promesses de vie et de la joie d’accueillir la foi toute neuve. Nous pouvons nous en réjouir et priez pour toutes celles et ceux qui l’ont accompagnées et amenée jusqu’ici par la grâce de Dieu. Nous prions aussi pour son pays, le Vietnam qu’elle va retrouver bientôt. Linh tu auras vécu une grande transformation en cette nuit où l’univers retrouve la flamboyance de son éclat : avec toutes ses blessures, il est transfiguré par l’amour pour notre joie à tous.

Depuis plusieurs jours chacun d’entre nous a sans doute pu observer les bourgeons d’espérance dans la vie du monde et d’abord dans sa propre vie, dans sa communauté : l’espérance pour un malade, un cheminement d’amour qui mûrit, une réconciliation. Qu’est-ce qui bourgeonne et ne demande qu’à éclore ? Dans le silence de cette nuit, nous prenons conscience que Dieu était là pendant la marche de l’ombre et qu’il agissait dans le secret, en silence.
S’il fallait le prier dans le secret au début du carême, c’était sans doute pour nous familiariser avec la manière dont Dieu approche l’humanité et le monde qu’il a créé. Il n’y a rien de fracassant, c’est la vie qui surgit comme celle des arbres au printemps : sans bruit, comme les fleurs elle embellit le monde au milieu de la violence qui n’a pas forcément disparue comme par enchantement, cela se saurait.

Bien plus que la reconstruction sur un champ de ruines ou la vie qui continue parce qu’il le faut bien, l’évènement de cette nuit, c’est la présence de Dieu qui attend, fait des reproches, est en colère mais jamais n’abandonne la partie. Dans le tombeau vide, Marie et Salomé entendent beaucoup d’échos des récits de la Passion : la pierre devant le tombeau, le jeune homme en blanc qui n’est pas sans rappeler le jeune qui s’enfuit nu sur le chemin du Golgotha, l’annonce qu’a déjà faite Jésus qu’il nous précédera en Galilée. Tout résonne encore des événements passés et des annonces que Jésus a faites durant sa vie terrestre.
Dieu reprend la parole pour dire qu’il faut partir en Galilée, là où nous avons vécu avec lui, où nous avons partagé notre peine et notre souffrance. En cette nuit, un passage est possible, un pas vers autre chose, une manière renouvelée de voir quelqu’un sous le jour qui se lève. En cette nuit, avec Linh, nous prenons une responsabilité : celle de t’accueillir dans la foi que nous allons renouveler avec toi et peut-être de ranimer comme la flamme de ce cierge, la foi qui est la nôtre. Ce soir, le Vivant nous précède, et notre Galilée n’est pas très loin mais ce sera un grand et beau voyage.

Et puis, même si nous avons peur, ce n’est pas grave et l’Evangile nous donne le droit d’avoir peur : « Elles ne dirent rien à personne car elles avaient peur » Nous avons peut-être peur et bien Dieu nous accompagne et il attendra le moment favorable pour nous. Suivons confiant, il marchera à notre rythme. Amen.

La vie qui surgit