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Jeudi saint : trois gestes, une liturgie

Homélie prononcée par le frère Bernard Senelle au couvent des dominicains, jeudi saint 5 avril 2012

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean, chapitre 13, versets 1 à 15

Nous entrons par cette célébration dans les heures de la Pâque, de la Passion et de la Résurrection du Christ et Jésus organise un repas de fête, son dernier repas. Il sait que l’heure de sa mort est proche et, au soir de la Cène,  entouré de ses disciples, il fait ses adieux. C’est l’heure de Dieu mais nous ne sommes pas simples spectateurs de ce qui s’est passé voici deux-mille ans, c’est aussi notre heure, l’heure de vivre un passage et d’aimer jusqu’au bout marqués par les blessures de nos vies. Trois gestes marquent cette liturgie  : la fraction du pain, le lavement des pieds, la présentation de la coupe.

Frères et sœurs, le rassemblement de la dernière Cène est celui d’une communauté qui va être dispersée d’une communion qui, comme le pain, est  en quelque sorte rompue, brisée, partagée par la trahison de l’un de ses membres. Elle est pourtant réunie dans une fête authentique et Jésus qui sait qu’il va mourir ne manifeste ni amertume, ni haine ni désir de vengeance. Les disciples ont droit à l’échec et le premier geste de fraction du pain fait droit à la liberté de faillir et de faire fausse route. Je peux m’égarer, tomber, n’être pas fidèle, le Seigneur ne passera pas à côté de moi sans verser de l’huile sur mes blessures. Même pour Judas, la miséricorde de Dieu est infinie  : son tort est de tourner le dos à la vie. Mais qui sait ce que Dieu est capable de faire.

Et puis, ce geste du lavement des pieds que nous allons poser dans un instant avec les frères. Il semble répondre à la question qui tenaille tous les croyants : où est Dieu  ? Ce soir, en son Fils, Dieu nous dit  : «  Je suis là où sont amour et charité.  » Dieu n’est pas dans la tempête, il n’est pas là où il y a division et colère, nous disait la liturgie de ce matin. Et bien ce soir Dieu nous dit qu’il est dans le service mutuel. Le commandement nous est donné de nous laver les pieds les uns aux autres, c’est-à-dire de nous servir comme Jésus s’est fait esclave, lui qui était de condition divine. Voilà ce qui fera venir Dieu  : un service gratuit qui ne regarde pas la valeur, le prestige de celui qui sert mais s’accomplit dans l’humilité. Aujourd’hui le service est une valeur peu prisée tout comme son corollaire, l’engagement. Elle ne figure pas parmi les grandes valeurs républicaines de la France et, force est de reconnaître que nous sommes plus prompts à réclamer notre dû, à nous faire notre place qu’à rendre un service dépouillé d’appétit de reconnaissance et de pouvoir.

    Là où il y a de vrais serviteurs, Dieu est présent. Et plus encore, là où est l’esprit de service là est la paix. C’est le seul moyen de chasser la violence et d’en finir avec les querelles de pouvoir, les conquêtes et les reconquêtes, tout ce qui est à la solde de la puissance et de la domination. Jésus lavera les pieds même à Judas. «  Cela ne fit pourtant point rentrer Judas en lui-même.  », notera Saint Jean Chrysostome en écho à la parole de Jésus  : «  Vous n’êtes pas tous purs.  » Le geste de la dernière Cène chasse la violence qui sera vaincue sur la croix. Si l’on sert vraiment, on chasse l’esprit de domination, source de toutes les guerres et de tous conflits. Jésus entend nous guérir et nous délivrer de la tentation fratricide  : «  Serait-ce moi  ?  » demanda Judas. La fraternité, si elle est une belle réalité, est en même temps une terrible épreuve. A la suite d’Abel tué par Caïn, de Joseph, persécuté et rejeté par ses propres frères, Jésus est livré par son frère Judas qui l’embrasse. Le signe de Judas nous marque tous ces jours et comme le disait un jour le pape Jean XXIII  : «  Le signe de Caïn est sur nos fronts.  »

    Le service et l’amour fraternel ont ce pouvoir d’entrainer une communauté hors de la zone de turbulence et de violence et de conjurer ce signe. Ils l’arrachent à l’emprise de la haine et font entrer l’humanité en zone libre. Tout commence quand Judas se sert en même temps que son maître. Il veut le pouvoir, il a peur de manquer et c’est là sa première agression, le signe de sa trahison. Jésus lui répond en lui lavant les pieds comme aux autres. Et nous que répondons-nous  ?

    C’est le troisième geste  : la présentation de la coupe. Boire à la coupe, c’est s’engager à partager la même destinée. A la suite du Christ et des apôtres, nous allons boire à la coupe du salut, au sang qui est l’âme de la vie. Ce geste nous engage à suivre en disciple aussi dur que soit le chemin pour parvenir ensemble à la vie du Ressuscité et redécouvrir la beauté de la vie qui est la nôtre en chemin sur cette terre que Jésus a aimé.

Jeudi saint : trois gestes, une liturgie