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Moi, frère (N.), je fais profession et je promets obéissance à Dieu et à la bienheureuse Marie, et [je promets] à toi, frère (N.), prieur de ce couvent, qui représentes le frère (N.), maître de l’Ordre des Prêcheurs, ainsi que ses successeurs, selon la règle de saint Augustin et les Institutions des Frères de l’Ordre des Prêcheurs, que je te serai obéissant, ainsi qu’à tes successeurs, jusqu’à la mort. 
(Formule de la profession solennelle à la vie dominicaine.)

Extraits de la Règle de saint Augustin
L’obéissance
Apprendre à vouloir ce que je vis
Façonné par l’obéissance
Obéir c’est écouter
Obéir : Entrer dans le long temps de la prédication
L’obéissance, un vœu pieux ?
Saint Martin de Porrès n’aimait pas désobéir

 

Extraits de la Règle de saint Augustin

Lorsqu’il fallut élaborer une règle de vie pour l’Ordre naissant, en 1216, les frères dominicains choisirent la règle de saint Augustin, car elle était la plus adaptée à la forme de vie itinérante des frères.


Elle est encore aujourd’hui placée en exergue du Livre des Constitutions et Ordinations de l’Ordre des Frères Prêcheurs. Si elle n’est pas suffisamment détaillée aujourd’hui pour organiser véritablement la vie des frères, elle en donne cependant l’esprit. En voici le préambule : « Avant tout, frères très chers, aimons Dieu, aimons le prochain : ce sont les commandements qui nous sont donnés en premier. »

 

De l’obéissance

[VII] Obéissez au Supérieur comme à un père, et plus encore au Prêtre qui a la charge de vous tous. Veiller à l’observation de toutes ces prescriptions, ne laisser passer par négligence aucun manquement mais amender et corriger, telle est la charge du Supérieur. Pour ce qui dépasserait ses moyens ou ses forces, qu’il en réfère au Prêtre dont l’autorité sur vous est plus grande.

Quant à celui qui est à votre tête, qu’il ne s’estime pas heureux de dominer au nom de son autorité mais de servir par amour. Que l’honneur, devant vous, lui revienne de la première place ; que la crainte, devant Dieu, le maintienne à vos pieds. Qu’il s’offre à tous comme un modèle de bonnes œuvres. Qu’il reprenne les turbulents, encourage les pusillanimes, soutienne les faibles ; qu’il soit patient à l’égard de tous.

Empressé lui-même à la vie régulière, qu’en se faisant craindre il la maintienne. Et bien que l’un et l’autre soient nécessaires, qu’il recherche auprès de vous l’affection plutôt que la crainte, se rappelant sans cesse que c’est à Dieu qu’il aura à rendre compte de vous.

Quant à vous, par votre obéissance ayez pitié de vous-même sans doute, mais plus encore de lui ; car, parmi vous, plus la place est élevée, plus elle est dangereuse.

De l’observance et de la lecture de cette Règle

[VIII] Puisse le Seigneur vous donner d’observer tout cela avec amour, en êtres épris de beauté spirituelle et dont l’excellence de la vie exhale l’excellent parfum du Christ, non comme des esclaves sous le régime de la loi, mais en hommes libres sous le régime de la grâce.

Que ce livret vous soit comme un miroir pour vous regarder; et de peur que l’oubli n’entraîne des négligences, qu’on vous le lise chaque semaine. Si vous vous trouvez fidèles à l’égard de ce qui est écrit, rendez grâce au Seigneur dispensateur de tout bien. Si par contre quelqu’un se découvre en défaut, qu’il regrette le passé, veille à l’avenir, priant notre Père de lui remettre sa dette et de ne pas le soumettre à la tentation.

 

L’obéissance

par le frère Jean-Paul Vesco, o.p.

 

Lorsque un frère fait profession dans l’Ordre dominicain, il s’engage aux trois vœux d’obéissance, de chasteté et de pauvreté, mais il n’en prononce qu’un seul : le vœu d’obéissance. Cela signifie que lorsqu’il promet obéissance entre les mains du Maître de l’Ordre, c’est dans le cadre de constitutions qui s’imposent à tous les frères, provinciaux et Maître de l’Ordre compris, et ces constitutions prévoient bien sûr, entre autres, le respect des deux autres vœux.

 

Il n’empêche que ce raccourci peut paraître étonnant, d’autant qu’« obéissants » n’est pas forcément le qualificatif qui vient le plus spontanément à l’esprit quand on pense « dominicains »…

 

L’obéissance dominicaine n’a de fait pas grand-chose à voir avec la soumission servile à la volonté d’un supérieur, elle est autrement plus complexe et exigeante. Elle ne peut se penser en dehors de sa dimension communautaire et requiert le consentement intérieur du frère. Sinon elle reste vaine.

 

Mais, si nos vies de frères dominicains ne sont pas habitées en profondeur par un esprit d’obéissance, elles pourront bien avoir toutes les apparences d’une vie religieuse, il en manquera un élément essentiel : la liberté. Cette liberté imprenable qui naît de la disponibilité intérieure de celui qui, un jour, a vraiment décidé d’aimer ce qu’il fait plutôt que de sans cesse chercher à faire ce qu’il aime. Et qui sait pour Qui il a pris cette décision. 

 

Apprendre à vouloir ce que je vis

par le frère Loïc Bournay, o.p.



Si j’obéis, je ne fais pas ce que je veux, et donc, je ne suis pas libre. Alors, comment prétendre que des religieux, qui prononcent un vœu d’obéissance, peuvent être libres, et mieux, que le fait de vivre dans l’obéissance construit un espace de liberté ?

 

Peut-être qu’être libre, véritablement libre, est-il autre chose que faire ce que je veux, comme je veux, quand je veux, sans que personne n’ait rien à y redire. Car si c’est ainsi que j’essaye de construire ma liberté, il n’y a plus de place pour les autres, et en fin de compte, je me retrouve terriblement seul.

 

Notre liberté n’est pas un absolu déconnecté de nos existences, mais au contraire, elle est essentiellement relative ; c’est dans et par ma relation aux autres que je construis ma liberté, et cela me demande de ne pas obéir seulement à ma volonté propre sans tenir compte des autres.


D’ailleurs, dans la vie de la plupart des gens, hors des couvents, je ne vois guère d’exemple de personnes qui choisiraient tout, dans tous les domaines, ne serait-ce que dans le monde professionnel. Il est rare de pouvoir exercer exactement la profession souhaitée dans le lieu rêvé, à moins d’avoir un éventail de goûts assez large. Et si je travaille en entreprise, j’aurai des horaires à respecter, et des délais à tenir ; les religieux sont souvent bien plus libres dans l’organisation de leur temps de travail.

 

De même, si je vis en appartement, je ne vais pas décider de la taille et de l’agencement des pièces, et si je fais construire une maison, je serai limité par les terrains disponibles, et les contraintes éventuelles d’implantation : une baie vitrée face à une falaise est rarement un choix judicieux !

 

Est-ce donc que la liberté se construirait en marge d’une somme de contraintes extérieures auxquelles il faut bien accorder quelques concessions ? Finalement, j’obéirais en faisant ce qu’on me demande, et à côté de ça, je serais libre…

 

Je ne crois pas que la véritable liberté soit là, et le bonheur probablement pas non plus. Car la liberté la plus grande inclut non seulement ma volonté, mais aussi celle de l’autre, et de cet Autre qui est Dieu.

 

Là où il y a convergence des volontés, là est la vraie liberté. Est-ce une utopie ? En partie, peut-être bien, et c’est pourquoi le vœu d’obéissance n’est pas un aboutissement et une quelconque perfection déjà atteinte, mais bel et bien un point de départ.

 

En promettant obéissance, j’apprends aussi à vouloir ce que je fais, jusqu’à parvenir à faire ce que je veux. Sur ce chemin, il y a inévitablement des heurts, des moments où ma volonté résiste, d’autres moments où je suis persuadé qu’on m’impose des décisions prises en dépit du bon sens.

 

Il paraît que dans l’obscurité on avance à tâtons, c’est aussi ce qui évite de se faire trop mal. C’est au terme du chemin qu’est la vive lumière du Christ, dans laquelle se dévoile la pleine obéissance et la vraie liberté.

 

Façonné par l’obéissance

par le frère Bernard Senelle, o.p.



Qu’est-ce qui peut bien pousser aujourd’hui un jeune homme à choisir d’obéir pour toute sa vie ? Le moins que l’on puisse dire est qu’un tel choix tranche par rapport au monde ambiant. Les jeunes qui frappent encore à notre porte seraient-ils si différents de leurs contemporains ?

 

Aujourd’hui les frères que nous accueillons au noviciat de la Province de France à Strasbourg désirent comme beaucoup d’hommes et de femmes de leur génération être heureux et libres. Ils entrent dans une famille qui va leur permettre de réaliser ce projet à la suite du Christ et de Dominique.

 

C’est personnellement ce que je cherchais voici bientôt vingt-neuf ans lorsque je rencontrais le maître des novices au retour de deux années passées au contact de l’islam dans le désert mauritanien.

 

Le vœu d’obéissance que je m’apprêtais alors à prononcer allait me permettre de vivre avec d’autres, de les accepter, de les aider, de les aimer alors que parfois tout nous éloigne et que l’agacement se fait jour. J’entrais dans une tradition qui allait me faire évoluer librement et joyeusement dans une famille chargée d’histoire. Venant d’une famille nombreuse, aîné de quatre frères, le Seigneur m’a sans doute préparé pour cette vie avec autant de frères.

 

Pour autant, liberté n’est pas synonyme de légèreté et la joie reçue me semble être un fruit de l’exigence. Ainsi envisagée, l’obéissance peut façonner des hommes d’écoute, disponibles et progressivement libérés de leur volonté propre. S’il est nécessaire d’avoir l’espace du silence, de la prière et de la vie régulière, c’est pour nous faire humbles, nous dépouiller de ce qui nous encombre et peut attiser l’égocentrisme.

 

Au fil des années, des responsabilités conventuelles, provinciales et apostoliques m’ont été confiées : bibliothécaire, infirmier, lecteur conventuel c’est-à-dire chargé de la formation permanente des frères, sous-prieur. Sans parler du premier ministère, celui d’aumônier d’étudiants à Dijon que j’ai reçu avec un peu d’appréhension à l’époque et qui devait devenir un de mes grands bonheurs dans l’Ordre. Ensuite il m’a été demandé d’être maître des frères étudiants à Lille et maintenant prieur à Strasbourg.

 

Je reçois ces marques de confiance comme autant d’appels à servir et à aimer l’Ordre et les personnes qui le composent. Faire taire sa susceptibilité, apprivoiser son ego pour que le Seigneur devienne le maître de nos vies et, par elles, du monde, voilà, à mon sens, la finalité de l’obéissance.

 

Je n’ai jamais eu autant l’impression d’obéir que je lorsque j’étais en charge d’autorité. Il s’agit alors d’être attentif, bien sûr aux personnes mais aussi à la communauté et à son bien commun. Quel est son trésor ?


Qu’est ce qui me revient de faire fructifier ? Comment aider chacun à donner le meilleur de lui-même pour que vive l’ensemble ?

 

Humblement, chacun essaie ainsi d’accomplir la volonté de Dieu et de contribuer au bonheur du monde.

 

Obéir c’est écouter

par le frère Hubert Cornudet, o.p.

Obéir et écouter ont la même racine hébraïque. Comme l’écoute, l’obéissance suppose un dialogue franc, respectueux, sincère entre les deux parties. Cela relève de l’évidence et pourtant la vie dominicaine ajoute une autre instance pour donner un cadre à l’obéissance : la nécessité apostolique.

 

Une assignation dans un couvent, par exemple, n’est pas arbitraire. La pagelle d’assignation, lue à l’arrivée d’un nouveau frère dans une communauté, fait explicitement référence aux besoins apostoliques de la province et du couvent. Ces derniers sont votés par nos chapitres provinciaux et mis en œuvre par le frère provincial. Les frères ont ainsi défini dans une procédure démocratique les priorités provinciales auxquelles ils devront tous souscrire. L’originalité de l’obéissance dominicaine est donc liée à cet apprentissage de la démocratie.

 

Faire appel à l’obéissance est un exercice délicat : le supérieur ou la communauté qui demande à un frère de faire telle ou telle chose, doit tenir compte des objectifs apostoliques définis en chapitre, certes, mais doit aussi mettre en œuvre la miséricorde promise à tout frère qui fait profession dans l’Ordre, tout en stimulant le frère pour qu’il aille au-delà de ce que ce dernier considère comme possible. Un autre te mettra la ceinture, c’est la déclaration de Jésus à Pierre après la Résurrection.


Car l’obéissance dominicaine flirte certainement avec l’aventure, avec l’audace, et surtout avec l’inconnu. Nombre de frères peuvent témoigner que cette vertu religieuse les a emmenés sur des terrains inexplorés et souvent féconds. C’est là que nos supérieurs et nos communautés doivent être clairvoyants. Un frère n’est pas toujours le meilleur juge de lui-même et les rouages communautaires orchestrés par nos supérieurs facilitent souvent la détection de ses charismes.

L’obéissance se conjugue aussi avec le temps. Jeune frère, enthousiaste mais peu prudent dans mes jugements, je redoutais d’être envoyé dans un certain couvent. Pourtant mon provincial m’y a assigné le soir même de ma profession solennelle ! Et bien, moi qui craignais de ne jamais pouvoir y survivre, une année plus tard, j’y demeurais comme un poisson dans l’eau !


De même, certains frères qui possèdent de solides insertions apostoliques craignent d’être déplacés. Nous lisons pourtant dans la Bible qu’Abraham ne savait pas où il allait quand il quitta son pays natal, mais il a fait confiance et il s’est mis en route. Il a ainsi découvert une fécondité jusque là inespérée.

 

Enfin, si notre vie dominicaine nous invite à la mobilité, c’est parce que obéir c’est aussi écouter le monde. Nous n’aurons jamais assez d’oreilles tous ensemble pour entendre la musique de Dieu dans le brouhaha du monde. Où sommes-nous appelés ? Où faut-il servir ? Où vivre et partager le charisme de notre père Dominique ? Oui, obéir et écouter ont bien quelque chose à voir.

 

Obéir : Entrer dans le long temps de la prédication

par le frère Pascal Marin, o.p.

Nous autres frères prêcheurs, nous sommes des hommes libres ! Nous voulons bien obéir, mais nous n’aimons pas beaucoup qu’on nous commande…

 

L’obéissance que nous aimons est celle de la foi, parce qu’elle seule nous permet d’aller dans la voie que nous avons choisie, celle de saint Dominique, celle de la prédication. Et pourtant, aimée, choisie, cette obéissance de la foi n’a rien de facile. La difficulté se laisse voir de divers points de vue.

 

Je la dis ici du point de vue du temps : celui des horloges et de la mémoire. La prédication prend sa source dans un temps qui est long, qui est lent, presque immobile. Celui du Christ, des Apôtres, de saint Dominique.

 

Or notre monde, lui, va de plus en plus vite. Tout un chacun en conviendra. L’accélération est telle que dans la récente crise économique, des observateurs ont remarqué que les financiers et les dirigeants politiques n’arrivaient même plus à rester synchrones, à vivre dans le même temps, et donc à communiquer.


Or c’est à ce monde-là, que le frère prêcheur prêche une parole née du silence, une parole habitée, inspirée, la parole de Dieu. Ce n’est pas un problème pour le monde, qui souffre de l’accélération, et qui aspire à souffler une heure, à se reposer un instant dans la paix d’une parole. Mais le problème est celui d’être frère prêcheur, de pouvoir, dans ce monde si rapide, entrer dans le tempo lent de la Parole de Dieu.

 

Notre monde en constante accélération n’invite pas à durer, à garder le même cap, à creuser le même sillon. Il faut y être réactif, immédiatement rentable, performant. Y compris dans « l’activité » pastorale.

 

Contradiction ? Oui, si entre le monde rapide et la parole qui a tout son temps, la vocation dominicaine ne nous avait pas ménagé un puissant système de freinage : la vie commune.

 

La vie au couvent est chronophage, destructrice du temps rapide. Elle demande la disponibilité. Elle requiert simplement d’être là, pour rien d’efficace : la prière, l’attention portée aux frères, les humbles tâches conventuelles. Là on se rit de l’efficacité, de la rentabilité. Là on ne se laisse pas impressionner par la performance. Un frère n’y est reconnu frère qu’à sa capacité à être présent dans le mouvement lent de la vie commune et dans le cycle de l’année liturgique.

 

Mais ce cadre stable offre un espace vital à la vocation du frère prêcheur. Il est le lieu béni de la prière et de l’étude, où dans l’attention au monde s’enfante la prédication.

 

Entre la rapidité du monde et la lenteur de la vie au couvent, il y a pour chaque frère une institution importante. Il s’agit de l’agenda, interface où se négocie sans cesse un difficile équilibre entre une vocation à prêcher et le respect pour la vie au couvent. Oui, l’équilibre est possible ! Le monde et le couvent ne sont pas voués à s’exclure dans la vie du frère, mais à s’unir au contraire dans une mystérieuse et féconde proximité.

 

Ainsi, pour le dire d’un mot, l’enjeu de l’obéissance serait d’être présent, « d’y être » comme on dit. Obéir, c’est d’abord être présent à la vie du couvent, pour se faire présent là où nous sommes envoyés, et y rendre présent le Christ, dans l’amitié et la parole.

 

L’obéissance, un vœu pieux ?

par le frère Hugues Puel, o.p.

 

L’obéissance au supérieur est hautement problématique, l’obéissance à Dieu strictement mystérieuse. L’obéissance est un vœu pieux dans les deux sens du terme : acte de piété et source d’illusion.

 

Qu’en fut-il de mon engagement joyeux dans l’Ordre de Saint Dominique en 1956 ? L’Esprit Saint y était sans doute pour quelque chose, mais je sais aussi que la décision était mélangée d’inconscience, d’ignorance et d’un certain aveuglement sur mes motivations.

 

L’obéissance est parfois une simple adhésion à une succession d’événements dont on ne sait pas d’abord où ils mènent. Par exemple, mon entrée dans le mouvement Économie et Humanisme correspondait à mon désir, mais se fit dans les conditions rocambolesques d’une obéissance aux volontés supérieures successives et contradictoires.

 

En mai 1968, au moment de la « grande crise », j’étais prieur d’un couvent d’une dizaine de frères. Face au discours de la tradition et aux paroles du désir, la tension était forte entre nous et en nous. L’obéissance n’avait plus rien d’évident. Les comportements avaient si peu de cohérence avec les paroles, que je présidais à l’implosion du couvent en petites fraternités. Ce mouvement existait à l’époque, en France et ailleurs, dans les communautés religieuses en ces temps de sociétés en mouvement. Notre institution dominicaine n’eut pas la force de l’assumer en profondeur.


Suite à la disparition du père Lebret en 1966, le mouvement Économie et Humanisme se réorganisa à distance de l’Ordre, mais sans rupture. Au fur et à mesure du temps, la présence dominicaine s’y réduisait jusqu’à sa dissolution en 2007. J’y ai vécu des décennies de bonheur dans la richesse des expériences, la vitalité des débats et la chaleur des relations humaines. Je rends grâce à la liberté dont l’Ordre m’a comblé, une liberté d’action à laquelle m’avait invité le provincial de Lyon, en me remettant mon assignation.

 

Un vieux souvenir me revient. À la fin de l’été 1958 dans les jardins du couvent de Toulouse récemment construit dans le quartier de Rangueil, après un repas de visite canonique, un groupe conversait autour du Maître de l’Ordre et d’une demi-douzaine de frères dont le Provincial. Devant les autorités présentes, le frère le plus âgé d’entre nous déclara tout de go : « J’ai toujours obéi à la volonté de mes supérieurs. »

Le Provincial prit aussitôt une attitude de comédien et se mit à déclamer : « Mon Dieu, que c’est beau ! » Un éclat de rire s’en suivit, car tout le monde savait que celui qui avait risqué cette affirmation n’en faisait jamais qu’à sa tête.

 

Je n’ai jamais oublié l’ironie savoureuse de ce vieux sage. L’obéissance à l’Esprit se mendie au jour le jour, avec crainte et tremblement, dans la prière. L’homme n’est que mensonge, dit le psalmiste et le prophète Isaïe fait dire à Dieu : « Mes pensées ne sont pas vos pensées et mes voies ne sont pas vos voies. » L’Évangile nous invite à plonger dans l’insondable, l’ineffable et la vertigineuse relation d’obéissance de Jésus à son Père.

 

Saint Martin de Porrès n’aimait pas désobéir. 

Ce serait aller contre l’un des vœux religieux et même, pire encore, contre la volonté de Dieu.

 

Au moins une fois cependant, Martin se trouva dans une situation difficile. Il avait l’habitude d’amener les malades et les blessés des rues de Lima pour les soigner dans sa cellule, au couvent. Ceci indisposa les frères qui s’en plaignirent. Le prieur ordonna donc à Martin de ne plus amener malades et blessés au couvent. Martin se conforma à cet ordre.

 

Un soir, Martin rentrait au couvent lorsqu’il aperçut un Indien blessé qui saignait abondamment. Martin se souvint bien de l’ordre de son prieur mais pensa que s’il laissait là le pauvre homme, il allait certainement mourir avant le lever du jour. Il prit donc le risque d’outrepasser l’interdiction priorale. Il amena le malade dans sa cellule, pansa sa blessure, lui donna une petite douche et quelque chose à manger.

 

Tôt le matin, pensant que personne ne l’avait vu, il congédia son hôte. Mais un jeune frère qui avait tout vu le dénonça au Prieur. Celui-ci, furieux, appela Martin pour lui demander s’il était vrai qu’il avait désobéi. Et après que celui-ci eut avoué sa faute, il lui infligea une punition. Martin l’accomplit rapidement et surtout très gaiement.

 

Bien après, Martin retourna voir le Prieur pour le supplier de lui pardonner sa désobéissance. Le Prieur supplia Martin de lui expliquer ce qui s’était réellement passé : comment lui, un modèle de vie religieuse admiré par tous les frères, avait-il pu passer outre l’ordre de son Prieur. Martin lui répondit que face à l’Indien, il s’était bien rappelé l’interdiction mais qu’il avait pensé que le précepte de charité précède toujours le précepte d’obéissance. Le Prieur n’avait jamais pensé le problème ni même la vie religieuse en ces termes. Il regretta d’avoir été si dur, demanda pardon à Martin pour l’avoir puni et lui dit : «Vous avez bien agi cher frère ; la prochaine fois vous pouvez recommencer de la même façon. »

 

Extrait de Saint Martin de Porrès, Apôtre de la charité,
par le frère Wilfrid-Marie Houeto, o. p.
À lire en totalité sur le site de DOMUNI

Devenir dominicain ? Pourquoi pas ?

Pierre a 21 ans, il est étu­diant. Étien­ne a 26 ans, il est prof. de fran­çais. David a 25 ans, il est cui­si­nier. Mar­cel a 30 ans, il est édu­ca­teur de rue. Ils ont décou­vert les Domi­ni­cains et s’inter­ro­gent : peut-être que le Christ les invi­te à le sui­vre à l’école de saint Domi­ni­que ? Leurs moti­va­tions sont diver­ses et par­fois enco­re floues, mais l’Esprit Saint a ou­vert leurs cœurs. Au cœur de leur vie, ils enten­dent le mur­mure de l’appel de Dieu. Pour­quoi ne pas répon­dre ?

Et toi ? Si tu cherches une vie fraternelle, simple et joyeuse, si la diversité ne te fait pas peur, si tu te sens prêt à découvrir ta vocation propre, si tu aimes la prière et si tu as le désir de servir Dieu et les hommes… Pourquoi ne pas venir voir comment nous essayons de vivre tout ça ?

 

N’hésite pas à m’écrire : charles.ruetsch@dominicains.fr

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