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Peut-être avez vous vu le film « Guillaume et les garçons, à table ». Le titre incisif reprend l’appel d’une mère de famille qui invite ses trois fils à venir manger. Or cette convocation au repas propose deux catégories, là où il n’y en a qu’une seule : Guillaume est bien l’un des garçons ! On entend parfois des formules analogues dans un tout autre domaine : « Pour ce colloque, nous inviterons des biblistes et des théologiens » ou bien : « Vous autres, étudiants, aurez des cours de Bible et de théologie ». C’est oublier que les biblistes sont des théologiens ! Ils s’occupent même d’une matière fondamentale en théologie : la Parole de Dieu. C’est sur elle que toute réflexion théologique se fonde, c’est par elle que cette réflexion est vérifiée à tous les stades de son développement.

 

 

On a pu oublier que les biblistes sont des théologiens parce que, pendant de longues décennies, beaucoup d’entre eux ont été absorbés par des questions apparemment annexes, en fait très importantes : comment dater les textes bibliques ? Quels sont les rapports entre ces textes et l’histoire des époques qui les ont vu apparaître ? Ont-ils été influencés par d’autres littératures ? Comment comprendre l’élaboration des livres bibliques ? Le livre d’Isaïe, par exemple, est placé sous le patronage d’un seul prophète, Isaïe, et pourtant il évoque des faits qui se sont déroulés sur trois siècles. Qu’est-ce alors qu’un auteur ? Isaïe n’a pas vécu trois siècles ! Mais il semble avoir inspiré des disciples (cf. Isaïe 8, 16) qui ont écrit dans son sillage, bien après lui.

 

On le voit, ces questions et bien d’autres, concernant le matériau biblique lui-même, ne sont pas anodines. Et il est important de se les poser, de remettre constamment en chantier nos conclusions, afin de ne pas sombrer dans un rapport fondamentaliste à l’Ecriture. Pour certains en effet, la Bible viendrait directement de Dieu et donnerait des préceptes clairs auxquels il s’agirait d’obéir. Or, la réalité ne se présente pas tout à fait ainsi. Dieu a voulu que des humains participent à la réception et à la proclamation de sa parole. Et cela se fait à des époques données ; ceux qui reçoivent cette parole ont des humanités très différentes (le calme Isaïe n’est pas le tourmenté Jérémie). Parfois les paroles venues de Dieu passent par des personnes inconnues que certains ont su entendre et retenir. Quand les rois messies apparaissent (Sau?l, puis David) selon les livres de Samuel, ce sont essentiellement les femmes qui les reconnaissent, les nomment et comprennent la mystérieuse mission dont ils sont dépositaires. Jusque dans les évangiles, les paroles de femmes demeurent des sources essentielles pour notre compréhension du messie Jésus. Dès le commencement donc, la Parole de Dieu « passe » dans l’humanité de ceux et celles qui la reçoivent et la transmettent.

 

Cela ne veut pas dire que, par ces gens, nous la recevons à l’état brut. La Bible est écrite, comme une grande oeuvre littéraire, par des auteurs que l’Esprit de Dieu inspire. Leur art est de composer les textes de manière à ce qu’ils conservent leur nature première de Parole. La Bible est Parole quand nous la disons, quand nous la répétons, quand nous nous l’incorporons, ainsi que l’exprime le magnifique psaume 1. Elle est aussi Parole quand nous en débattons à plusieurs, selon une antique coutume des Juifs et des Chrétiens. Car l’écriture biblique est ainsi faite qu’elle ouvre des voies multiples, qu’elle suscite la réflexion. Moïse, le grand législateur, demande au nom de Dieu qu’il n’y ait pas de conjoints étrangers en Israël, mais lui-même a épousé une femme étrangère. Dieu ordonne dans les Dix commandements qu’on « honore son père et sa mère », mais très souvent il demande qu’on les quitte (cf. Genèse 2, 24 ; 12, 1…). Tout cela invite à la réflexion, sous la conduite de l’Esprit qui a inspiré tous ces textes apparemment contradictoires. Il n’est pas possible de s’emparer d’un verset et de le brandir en prétendant justifier une position personnelle.

 

J’en appelle donc, aujourd’hui plus que jamais, au dialogue avec la Bible, aux ateliers bibliques où l’on cherche plus loin que le bout de son nez, où, dans la voix du texte, on perçoive la Voix de Celui qui nous parle depuis le commencement. Se réunir autour de la Parole pour préparer un cours de théologie, pour nourrir sa foi ou la comprendre, on appelle cela d’un terme technique : l’Église.

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