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La théologie est un grand mot. Elle ressemble parfois à une citadelle. Elle est étudiée à travers des textes du passé, lointain ou récent. Cela fait souvent des théologiens des commentateurs, voire des répétiteurs, à l’infini. Ils écrivent sur d’autres textes, eux-mêmes produits en référence à d’autres problématiques. C’est un aspect ambivalent de la tradition textuelle comme médiation intellectuelle. En toute rigueur, il faudrait beaucoup d’opérations intermédiaires de contextualisation et de traduction, pour réarticuler l’essentiel de façon féconde et « applicable ». Un tel travail sur les textes est indispensable pour respecter l’altérité des documents, tant ceux de la Bible que des longues traditions de la foi. C’est une condition pour puiser à la source. Mais, une fois ce travail engagé, la théologie est-elle toujours un art de la parole en construction ?

Il me semble que trop peu de théologiens osent finalement prendre la parole en « je », s’adresser directement à leur auditoire, sans des couches et des couches accumulées de textes entre les deux. Dans le contexte nord-américain où j’enseigne, à Ottawa, les études sont moins progressives et plus mixtes qu’en France. La plupart de nos étudiants étudient à la fois dans une matière majeure et dans une matière mineure. De reine des sciences au XIIIe siècle, la théologie a manifestement aujourd’hui vocation à être une mineure. Dieu sait le bien qui sortira d’une telle kénose. Il n’est donc pas possible de miser sur trois ou quatre années d’initiation pour atteindre un langage commun. Celui-ci doit être trouvé d’emblée. Cela force l’enseignant à quitter le langage de la tribu des théologiens. Il faut parler un langage le plus proche possible du quotidien. Un test amusant est de confier aux étudiants un texte de théologie et de leur demander de sortir tous les termes qui semblent avoir un sens différent pour l’auteur et pour eux. Les listes sont édifiantes. Cela exige finalement de l’enseignant et des étudiants de faire la totalité du chemin de l’un vers l’autre. L’apprentissage est total des deux côtés.

 

À mes yeux, la tendance massive à encapsuler les données de l’enseignement sous forme de diapositives powerpoint (et autres) est un désastre. Cela limite beaucoup la maïeutique de la parole. Nous en faisons l’expérience. Bien des choses ne sont comprises que dans la relation active entre celui qui parle et celui qui écoute. Avant même d’avoir les mots pour le redire, l’étudiant monte sur les épaules de son enseignant pour voir les choses comme lui les entrevoit. Comme Augustin le soulignait volontiers, l’enseignement est vertueux par la foi (anthropologique) qui permet d’adhérer au-delà de ce qui est maîtrisé.

 

Quant aux priorités des recherches à mener aujourd’hui en théologie, j’en vois deux qui sont connexes. Il est indéniable que nous vivons une sorte de mutation anthropologique. Les générations aînées sont en grande difficulté pour équiper les suivantes. Les Églises ont presque toujours un temps de retard. Les priorités sont maintenant de l’ordre de l’éthique appliquée et de l’anthropologie fondamentale. L’éthique se joue aujourd’hui dans les protocoles de recherche et dans les comités hospitaliers. Il serait inopérant de raffiner nos visées du bien sans mettre conjointement les mains dans le cambouis pour comprendre dans quelles conditions effectives les choix éthiques doivent aujourd’hui être posés, souvent dans l’urgence. Pour faire le lien entre les disciplines que je fréquente, je repense à la parole inspirée d’une étudiante : « comment pouvons-nous continuer à dire que le Christ nous est consubstantiel, alors que notre humanité connaît une mutation à peine définie ? » Il va falloir découvrir, en notre condition présente, les discernements à préparer et les appels à éclairer.

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