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  Dominicains - Province de France > Réflexion > Vie dominicaine > La vie fraternelle
Le frère Hubert Cornudet vit au couvent de Lille. Il travaille pour Caritas International (le Secours Catholique).
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Recevoir la vie communautaire

Quand je suis entré au noviciat, influencé par les traditions sulpiciennes du séminaire où j’étais précédemment, j’ai cherché à avoir un « directeur spirituel ». Le père-maître m’a rapidement rappelé à l’ordre en m’indiquant que c’était la vie commune qui en ferait office et que ce n’était pas dominicain de se « répandre » dans les mains d’un unique interlocuteur.

Étant plutôt bourgeois, je me souviens à Abidjan (où j’ai fait mon noviciat) que je prenais la salle commune pour un « salon » et que j’y restais volontiers pour lire. Rapidement on m’a demandé si ma cellule (chambre !) ne me plaisait pas… Je n’avais pas encore compris que la vie commune était d’abord là pour renforcer les frères dans leur parcours individuel et qu’avant tout ils seraient toute leur vie des « monos » (moines, solitaires). La subtilité est que nous avons aussi une parole commune à dire sans pour autant renier notre incarnation et notre caractère.

Au noviciat toujours, j’ai assisté à des réunions communautaires épiques pour acheter une machine à laver. Mettez 15 personnes intelligentes dans une pièce sur un tel sujet et vous finirez par mettre un an pour un tel achat. Aujourd’hui, si je vis dans un couvent plus finement régulé, il n’en demeure pas moins que le prieur doit doser subtilement ce qu’il met à la discussion commune et ce qui risque de provoquer des discussions interminables et stériles. Un exemple : la liturgie. Tous les frères connaissent cette question. Comment tenir ensemble sensibilités personnelles et identité commune ?

Si nous appartenons d’abord à un couvent, nous sommes aussi insérés dans une province. Dans mon cas personnel, je mesure pleinement cette force commune. Gravement handicapé, j’ai la grâce d’avoir été « récupéré » par les frères plutôt que d’être mis au rebus quelque part. Et je sais le prix de ce que je reçois.

Les frères me disent que je peux apporter - même en chaise roulante et sans prendre ma part des inconvénients de la vie commune (poubelles et autres servitudes) - ma contribution à la vie ensemble : ne serait-ce que la preuve que la vie n’est pas un long fleuve tranquille ! Au long des années, la difficulté sera pour moi de ne pas culpabiliser (« Je suis un poids mort ») et pour eux, de ne pas se lasser (« Il est un peu chiant et en plus il ne fait pas grand chose. »)

D’autres peuvent témoigner sur le plan de l’humour, sur un plan spirituel et même s’essayer à une visée théologique ; chacun déclinera comme il voudra que la vie communautaire dominicaine est une grâce qui se reçoit.