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Le frère Pascal David enseigne la philosophie. Il vit au couvent de la Tourette.
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Simone Weil. Le grand passage, sous la dir. de François L’Yvonnet

Simone Weil. Le grand passage, sous la direction de François L’Yvonnet, coll. « Espaces libres », n° 171, Albin Michel, 2006, 279 p.

Ce petit livre est une « édition revue » d’un ouvrage déjà publié par les éditions Albin Michel, en 1994. Il comprend dix contributions, d’une vingtaine de pages chacune, et s’ouvre sur un entretien avec André Comte-Sponville. Qu’y a-t-il de commun entre le philosophe matérialiste et athée et Simone Weil (1909-1943) ? Il y a Alain, d’abord, dont Simone Weil fut l’élève dans la khâgne du Lycée Henri-IV, à Paris, entre 1925 et 1928, et dont Comte-Sponville se dit « très proche » (p. 22). Il y a la « grandeur » que Comte-Sponville reconnaît à Simone Weil, dont le ton de l’œuvre ne peut être comparé « qu’aux derniers livres de l’Ethique de Spinoza », c’est-à-dire au sommet de la philosophie occidentale. Simone Weil, en disciple de Platon, « pense exactement ce qu’est la religion » (p. 18). Cela dit, André Comte-Sponville reconnaît que tout l’oppose à l’auteur de l’Attente de Dieu : alors qu’elle pense le désir comme un manque d’un Bien qui nous attire vers lui, il conçoit, avec Spinoza, le désir comme une puissance qui nous pousse et nous meut. « Pour Simone Weil, il n’y a pas de mouvement ascendant, rien en nous ne nous permet de monter (…). C’est donc la descente de Dieu vers nous qui permet par la grâce de remonter vers lui » (p. 19). Or, après avoir exposé cette « opposition frontale », il reconnaît en Simone Weil, qui est « assurément chrétienne » (p. 35), un « esprit libre » qui « fait partie des très rares maîtres spirituels de notre époque » (p. 38).

Le recueil se clôt par un entretien avec Marie-Magdeleine Davy (1903-1998), une spécialiste de la mystique qui a eu l’occasion de rencontrer et d’écrire sur Simone Weil. D’utiles « repères biographiques » et une bibliographie viennent compléter heureusement ce recueil, illustré d’un beau portrait de Simone Weil (photographie prise à Baden-Baden en 1921, ce qui n’est pas précisé). Il est fait mention des Cahiers Simone Weil, revue trimestrielle, qui contribue par son rayonnement à la recherche et à la réception de la pensée weilienne.

Toutefois, il faut signaler des déficiences dans l’édition du texte : des citations se trouvent sans références ; c’est La Pesanteur et la Grâce, recueil de citations et non œuvre de Simone Weil, qui est citée (p. 20 ou p. 251, par exemple), plutôt que les Cahiers d’où sont extraites ces citations ; ce sont les anciennes éditions qui sont citées, plutôt que les Œuvres complètes (Gallimard) ; les repères biographiques contiennent deux erreurs dans les titres des textes de Simone Weil ; la bibliographie des œuvres de Simone Weil ne précise pas les années de publication des éditions citées en note, ce qui empêche de retrouver une citation pour la situer dans son contexte. Une réédition bien faite aurait dû supprimer ces lacunes.

Bien que ces contributions soient d’une inégale valeur, nous retrouvons les noms de certains des plus grands spécialistes français et européens de Simone Weil. Nous retenons, comme dignes d’un grand intérêt, les textes de Robert Chenavier sur la lecture weilienne de Marx, d’Emmanuel Gabellieri sur la volonté, l’analogie et le don, de Monique Broc-Lapeyre sur la « terrifiante mise à nu du psychisme humain » (p. 109) par Simone Weil, de Patricia Little sur Platon, Jean de la Croix et la porte comme image de la médiation, de David McLellan sur la vision politique de L’Enracinement, « fermement fondée sur la métaphysique platonicienne » (p. 250), où politique et religion ne sont ni séparés, ni confondus, et de Rolf Kühn, plus difficile, sur la perception, l’imagination et la lecture des symboles. Tous ces textes en font une bonne introduction à l’une des œuvres philosophiques les plus considérables du 20e siècle, une de celles qui méritent le plus d’être reprises aujourd’hui.

Pascal David

Une recension des Cahiers de Simone Weil.

Un article de Pascal David sur Simone Weil.