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Le frère Pascal David enseigne la philosophie. Il vit au couvent de la Tourette.
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Cahiers (juillet 1942 – juillet 1943), par Simone Weil

Simone WEIL, Cahiers (juillet 1942 – juillet 1943). La connaissance surnaturelle (Cahiers de New York et de Londres), Œuvres complètes, t. VI, vol. 4, Paris, Gallimard, 2006, 656 pages

Recension précédemment parue dans la revue Lumière & Vie.

« Chez les êtres humains, nous aimons la satisfaction espérée de notre désir. Les êtres aimés, par leur présence, leurs paroles, leurs lettres, nous fournissent du réconfort, de l’énergie, un stimulant. Ils ont sur nous le même effet qu’un bon repas après une journée épuisante de travail. Nous les aimons donc comme de la nourriture. C’est bien un amour d’anthropophage. Tel est l’amour humain. On aime seulement ce qu’on peut manger. »

Simone Weil prend la nature humaine telle qu’elle est, et la décrit. Ce faisant, elle se livre à une analyse sans concession de notre condition humaine. Mais il ne s’agit pas seulement de mettre au jour les ressorts cachés de notre être, il faut aussi le transformer. Au fil des notes qu’elle rédige au jour le jour, Simone Weil se propose ce qu’on peut appeler des exercices spirituels afin de détacher notre désir des faux biens, de toutes ces choses sur lesquelles se colle notre désir et qui pourtant ne sont pas des biens, afin de l’en arracher et de l’orienter vers le Bien véritable. Que gagne-t-on à cette opération ? Rien, sinon d’être dans la vérité. Et, aussi, une joie secrète et pure, qui comble. Car c’est le Bien seul que nous désirons. Et « Dieu attend avec patience que je veuille bien enfin consentir à l’aimer. »

Ce volume des Cahiers contient les notes prises par Simone Weil en 1942-1943, à New York, puis à Londres, alors qu’elle a rejoint la France libre. Ces textes, publiés tels qu’ils ont été écrits par Simone Weil, au fil de la plume et sans qu’elle n’ait eu le temps de les relire, avait déjà fait l’objet d’une première publication, en un volume épuisé depuis longtemps et jamais réédité, La Connaissance surnaturelle. Cette nouvelle édition, dont les textes ont été établis et présentés par Marie-Annette Fourneyron, Florence de Lussy et Jean Riaud et qui comprend quelques inédits, a le mérite de restituer l’ordre dans lequel ces pages ont été écrites, ce que ne respectait pas l’édition antérieure.

Outre les trois cents soixante pages du texte de Simone Weil, on trouvera, regroupées en fin de volume, quelques quatre-vingt pages de notes établies par les éditeurs, donnant en particulier les références de toutes les citations faites par Simone Weil et explicitant un grand nombre d’allusions qui sans cela demeureraient obscures pour le lecteur. Les différents index (index des noms de personnes et index analytique, mais aussi des personnages bibliques, des références aux dialogues de Platon, des « images du Christ ») sont extrêmement précieux pour celui qui peut suivre le développement d’un thème, ou simplement retrouver un passage. Le texte même est précédé d’un intéressant avant-propos de Jean Riaud, qui fait le point sur « Simone Weil lectrice des Pères de l’Eglise », et d’une introduction par Florence de Lussy, sous la direction de laquelle cette édition est publiée. Nous regrettons le peu de clarté de cette introduction, qui interprète parfois à contre-sens et opère des rapprochements douteux. Mais là n’est pas l’essentiel.

Avec ce quatrième volume, c’est l’ensemble des Cahiers de Simone Weil – soit plus de mille cinq cents pages de texte – qui sont maintenant disponibles dans une édition critique, rigoureusement établie. Ecrits en un laps de temps très court (pour l’essentiel entre janvier 1941 et novembre 1942) et dans une situation matérielle précaire (Simone Weil a dû fuir Paris, envahi par les allemands en juin 1940, pour se réfugier à Marseille, avant de rejoindre l’Angleterre, en passant par les Etats-Unis), les Cahiers, écrits en un français superbe, classique, dont certaines formulations sont fulgurantes, poursuivent une quête inlassable de la vérité de l’homme et de sa destinée. Cet ouvrage ne peut se lire d’un trait, et se médite longtemps. Il faut passer les passages obscurs à la première lecture, aller directement vers ceux qui sont plus explicites, puis revenir. Peu à peu, cela s’éclaire, et le lecteur persévérant accède à une meilleure compréhension de son époque et de lui-même. Et il en sort transformé, avec le désir de suivre à son tour cet itinéraire que Simone Weil propose.

Pascal David

Une autre recension sur Simone Weil.

Pascal David participe à un ouvrage sur Simone Weil.

Un article de Pascal David sur Simone Weil.