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  Dominicains - Province de France > Réflexion > Liturgie > L'Avent, Noël et l'Epiphanie
Le frère Bernard-Dominique Marliangeas a travaillé pendant plusieurs années au Jour du Seigneur et au CNPL. Il est aujourd'hui le Père Maître des étudiants de Lyon.
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Le temps de Noël

Après avoir évoqué le temps de l'Avent, le frère Bernard-Dominique poursuit son parcours en s'arrêtant maintenant sur le temps de Noël.

Sans me lancer dans un commentaire de tous les éléments de ce temps liturgique, je voudrais faire ressortir comment s’y trouvent engagées notre foi et notre prière.

La Messe de la nuit

Une première remarque s’impose : pour fêter la venue du Sauveur, l’Eglise célèbre l’eucharistie. Constater cela n’est pas une banalité, ce n’est pas mettre la messe à toutes les sauces, c’est affirmer que toute célébration chrétienne, même si elle met l’accent sur un aspect du salut, célèbre toujours la plénitude du salut dont l’eucharistie est le signe majeur. C'est ainsi que sur Noël se projettent l'ombre de la croix et la lumière de la résurrection.

Seconde remarque : c’est une messe dans la nuit. A une heure où l'on pourrait aller se coucher, nous voici invités à veiller. Et il ne s'agit pas ici de l'excitation - parfois un peu forcée - de nos fêtes humaines : il s'agit de mettre en oeuvre une attitude (une aptitude) que l’on retrouve tout au long de l’Ancien Testament et, bien des fois, dans le Nouveau Testament. Un appel à rester éveillés comme des sentinelles dans la nuit, pour le salut de tous. C’est dans la nuit des hommes que Dieu vient..

Devant les difficultés de la vie, il y a des moments ou l'on voudrait tout oublier et cela prend une forme bien concrète : dans beaucoup de cas, on se couche et on dort. Le sommeil est alors une fuite, une démission. Mais il y a bien d'autres façons d'endormir en nous les attentes et les désirs qui sont en même temps des craintes. Et il y a des façons d'éclairer la nuit qui sont trompeuses : je pense aux guirlandes lumineuses, dans les arbres, qui transforment en féerie les rues de nos villes où se cachent pourtant bien des misères.

Dans l'Evangile de la nuit de Noël, tout commence par une grande lumière, certes ; mais c'est ailleurs que nous sommes conduits. Avec les bergers, nous sommes invités à scruter la nuit pour y découvrir une lumière surprenante : pas encore celle de l'aube, non point une grande lumière qui éblouit et ne dure pas ; mais une lumière qui rayonne du visage d'un enfant emmailloté et couché dans une mangeoire.

A l’écoute de l’Ecriture

Nous célébrons l'avènement du Christ dans toutes ses dimensions C'est ainsi que Noël s'éclaire par les prophéties de l'Ancien Testament qui annoncent la venue du Messie ; mais aussi par le témoignage des écrits du Nouveau Testament qui témoignent de la foi en la divinité de Jésus reconnu comme « Fils de Dieu » et sur la joie de Noël, se projette déjà l'ombre de la croix avec la mise à mort des innocents par Hérode.

Je voudrais m'arrêter à une catégorie de textes qui sont typiques de cette période liturgique :

Les « évangiles de l'enfance ».

Beaucoup, aujourd'hui ont du mal à croire à l'étoile de Bethléem, au concert des anges, aux rois mages. Ils mettraient volontiers ces récits de l'enfance entre parenthèse. C'est bon pour les enfants, mais pour les adultes?

Certains ont tendance a résumer le débat dans la question : ces épisodes sont-ils historiques, oui ou non? Je pense qu'il ne faut pas se bloquer sur cette question; il faut être attentif au genre littéraire de ces textes. Cette prise en compte des différents genres littéraires des textes bibliques est une des avancées décisive pour une juste compréhension de la Bible et elle a été approuvée (après bien des débats !) par le magistère de l’Eglise.

C'est ainsi que le N°110 du « Catéchisme de l'église catholique » (en renvoyant en note à la constitution Dei Verbum du concile Vatican Il) dit :

« Il faut tenir compte (...) des genres littéraires (...), « car c'est de façon bien différente que la vérité se propose et s'exprime en des textes diversement historiques, en des textes prophétiques, ou poétiques, ou même en d'autres genres d'expression. » (Dei Verbum 12).

Il faut donc prendre du recul pour situer ces textes dans l'ensemble du Nouveau Testament.

Le message central du Nouveau Testament s'appuie non pas sur ces textes, mais sur le témoignage des Apôtres qui ont vécu avec Jésus, depuis son baptême par Jean Baptiste et l'ont vu après sa résurrection - cf. ce que dit Pierre aux Livre des Actes des Apôtres (Ac 1, 21). Et l’évangile sans doute le plus ancien, celui de Marc, ne parle pas de la naissance de Jésus, ni de son enfance. Mais l'intérêt des croyants ne s'est évidemment pas arrêté au début du ministère de Jésus proprement dit. Si son oeuvre messianique a commencé par son baptême dans le Jourdain, il était le Fils de Dieu bien avant !

Luc et Matthieu développent sous la forme d'un ensemble de scènes très stéréotypées (annonces, rencontres, naissances), une méditation sur la naissance et l’enfance de ce Jésus que nous reconnaissons comme Messie. Ces pages sont destinées non aux incroyants- pour qu'ils croient ; mais aux croyants, pour que, dans la foi, ils contemplent les évènements à la lumière du dessein de Dieu, manifesté dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Mt et Lc ont composé des tableaux qui soulignent de diverses manières trois points qui sont comme les grands axes du paysage messianique :

■ La venue de Jésus s'insère dans le dessein de Dieu, dont Adam fut le premier bénéficiaire et dont Jésus est le centre. C'est pourquoi, en Luc 3, 23 et ss, la généalogie de Jésus remonte jusqu'à Adam.
■ La naissance de Jésus inaugure l'accomplissement des promesses faites à Abraham et à David. Plusieurs. traits concourent à mettre en relief ce deuxième point : la généalogie selon St Mathieu (Mt1,1 et ss), qui remonte jusqu'à Abraham et situe Joseph comme descendant de David (voir dans le même sens Mt 1,20 – la parole adressée à Joseph et Lc 2,4 ; les bergers, la prophétesse Anne, le vieillard Siméon, qui représentent l'attente d'Israël à laquelle Jésus répond.
■ Les évènements qui entourent la naissance (la rencontre de Jean et de Jésus dans le sein de leur mère; le massacre des innocents, les Mages qui annoncent la foi des païens; etc.) sont des signes prophétiques.
Ces récits sont des tableaux peints par des croyants pour des croyants; sachons en goûter la beauté. Devant un certain merveilleux, n'ayons pas la réaction de ceux qui, devant une peinture de Chagall, par exemple, se récrient en disant :"personne n'a la peau rouge ou bleue! Personne ne vole dans le ciel !" Bien sûr que non ; mais le vrai message de l'artiste est ailleurs. Il nous suggère des sentiments qui ne sont pas des chimères, mais colorent sa vision de la réalité. A nous de savoir y communier.

N'allons pas dire, par exemple, au sujet de l'étoile :"ce n'est qu'une image." Il y là un symbole messianique : le messie a été annoncé et désiré comme une étoile qui nous guide dans les obscurités de notre condition humaine. Les évangiles mettent en scène des personnages qui vivent cette situation et ils nous invitent à nous reconnaître en eux. Cette invitation sera au cœur de la fête de l’Epiphanie.