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  Dominicains - Province de France > Réflexion > Études bibliques > Le "discours" chétien au crible de la Parole de Dieu
Le frère Philippe, agrégé et docteur ès lettres, est professeur d'Écriture sainte à l'université de Fribourg (Suisse).
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La Sainte Famille : un exemple?

Une des premières prédications que j’ai dû assurer devant un large public eut lieu le jour de la Sainte Famille (le dimanche qui suit Noël).

L’oraison de cette fête propose la Sainte Famille comme exemple et invite à pratiquer comme elle les vertus familiales. Si l’on tient compte des textes évangéliques présentant la Sainte Famille, comment faire pour la donner comme modèle ? La jeune femme y est enceinte avant le mariage, le fiancé n’est pas le père de l’enfant à naître, la fécondité est réduite au minimum : un seul fils, le couple n’aura d’ailleurs pas d’autres enfants puisqu’il vit dans la chasteté. Pour achever de brouiller les pistes, cette famille, donnée comme idéal pour des couples chrétiens, est juive.

Bien entendu, nous connaissons le déroulement des événements selon lesquels Marie est devenue mère de Jésus. Mais pour qui commence à entrer dans l’Évangile, il est étrange d’entendre parler d’exemple. Marie et Joseph ont assumé avec Dieu une situation qui les mettait apparemment en porte-à-faux avec la loi de Moïse qu’ils étaient si soucieux de suivre. Les textes évangéliques nous placent donc aux antipodes de toute « application » simple (« il n’y aurait qu’à » vivre comme la Sainte Famille). Ils empêchent toute parole conquérante : on ne peut exhiber en archétype familiale une famille atypique.

Est-ce à dire qu’il faut renoncer à croire ce que les Évangiles nous disent de la Sainte Famille ? Ou bien en conclura-t-on qu’une certaine latitude est finalement donnée pour les familles ? En quoi Marie et Joseph sont-ils imitables ? En leurs capacités à prendre des chemins inattendus qui n’appartiennent qu’à Dieu et à eux. Un couple qui vit à l’exemple de la Sainte Famille ne « s’obtient » pas par la mise en œuvre de recettes répertoriées, qui auraient été illustrées en haut lieu. Il serait plutôt la rencontre sans pareil d’un homme et d’une femme prêts à assumer, avec Dieu seul comme lumière, les situations qui se présentent, même si elles paraissent différentes de ce qu’on imagine être la forme du bien.