Le frère Philippe, agrégé et docteur ès lettres, est professeur d'Écriture sainte à l'université de Fribourg (Suisse).
L'exercice que j'ai proposé a sans doute pour certains quelque chose d'irritant. On peut avoir l'impression d'un jeu de massacre, d'une manière de ruiner des domaines aussi importants que la famille dont la situation n'est déjà pas si brillante aujourd'hui.
Il me semble qu’il y a là un enjeu pour la foi : est-il vrai que, si on lit la Bible, cela va tourner mal ? En l’ouvrant, va-t-on vraiment déclencher un cataclysme qui mettra en péril les institutions et les certitudes ? Il est essentiel d’apprendre que la Parole de Dieu ne cause pas de mal. Elle n’en finit pas de déplacer les notions qui peu à peu se figeaient ; elle est là pour parler à nouveaux frais de ce qui semblait connu. Une chose est de s’étonner, de s’interroger, de trouver qu’il est difficile d’amorcer de nouvelles compréhensions, une autre chose de grincer des dents dès que les habitudes sont remises en cause et avec elles, croit-on, le système du monde dont on est le chantre. "Vous avez appris" telle et telle chose, dit Jésus aux siens, "éh bien moi je vous dis" (Matthieu 5, 21-48). Jésus nous change-t-il la religion ? Remet-il en question "ce qu’on a toujours dit" ? Oui, tout le temps.
Cela veut-il dire que tout subsiste continuellement en chantier, que toute notion se relativise ? C’est ce que l’on croit tant qu’on n’a pas fait le pas d’entrer dans la parole de cet Autre qui est Dieu et d’y demeurer, comme le dit Jésus (Jean 8, 31). Dieu ne parle pas pour nous enlever quelque chose que nous croyions ou disions, mais pour enraciner en nous sa Parole. Il n’est pas là pour nous déstabiliser continuellement et cyniquement, mais pour éviter que nos pensées deviennent des systèmes qui feraient l’économie de la rencontre quotidienne avec lui. Plutôt que des propos rassis, il offre une parole fraîche du jour.




