Le frère Philippe, agrégé et docteur ès lettres, est professeur d'Écriture sainte à l'université de Fribourg (Suisse).
Quand on touche à l'amour, un des noms mêmes de Dieu, certains propos peuvent devenir franchement insupportables.
Qu'il faille aimer, c'est un fait, mais, ajoute l'évangile : "comme Jésus nous a aimés". Et comment a-t-il aimé ? Regardons dans les évangiles ! Jésus manifeste cet amour selon une large palette d'attitudes très contrastées. Il accueille, guérit, révèle des gens exclus de mille manières ; il invective tout autant, prend à parti, dénonce, vitupère. Il traite les Pharisiens de tombeaux pleins de putréfaction, désigne certaines personnes comme des cochons devant qui il ne faut pas proposer les perles du Royaume, etc. Parfois même il provoque ceux qui l'entourent et qui n'avaient rien dit : c'est Jésus qui a commencé !
Tout cela contribue à illustrer ses mille manières d'aimer : Jésus n'entre dans aucune complicité humaine qui se fait passer pour de l'amour, de la communion. L'amour qui vient d'en haut est trop précieux pour qu'on en accepte des contre-façons ; à ceux qui bafouent cet amour, Jésus fait la charité de ne pas entrer dans leur jeu.
Il y a des propos sur l'amour, tenus au nom de l'évangile, qui n'ont aucun rapport avec l'évangile. Le plus souvent, on n'en dit d'ailleurs rien, comme si la répétition du verbe aimer suffisait à rendre ce terme compréhensible à tous. Tout au plus évoque-t-on l'idée que l'amour est une manière d'être au mieux avec tout le monde, mal avec personne, ce qui constitue l'inverse de ce que Jésus-Christ a vécu. Lui qui "a aimé les siens jusqu'au bout", il s'est retrouvé en opposition avec presque tout le monde, conspué, abandonné, incompris, supplicié.
On pourrait allonger indéfiniment la liste des heurts entre Parole biblique et propos chrétiens courants




