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Depuis 2009 nous organisons chaque année une exposition d’art contemporain. Il s’agit d’instaurer un dialogue entre les oeuvres d’un artiste et l’oeuvre architecturale de Le Corbusier.

Ce qui est entrepris à La Tourette est unique sur la scène artistique française. La vocation du lieu traduit la singularité d’une alliance qui unit architecture corbuséenne, vie religieuse, prière, étude, vie quotidienne laborieuse et art contemporain. En effet, les oeuvres d’art sont exposées dans un chef-d’oeuvre architectural qui est un couvent habité par une communauté d’une dizaine de frères, un couvent qui conserve sa vocation religieuse, et enfin un couvent qui peut accueillir en séjour jusqu’à une cinquantaine d’hôtes. Les oeuvres prennent place dans des lieux qui sont des lieux de vie.

 

Ce sont bien plus que de simples expositions qui sont organisées : ce sont des rencontres entre des artistes importants de notre époque et un lieu spirituel habité et de qualité architecturale exceptionnelle. L’expérience de ces expositions montre que les oeuvres révèlent l’architecture et renouvellent le regard sur le couvent, tout en se révélant elles-mêmes comme nulle part ailleurs.

 

En 2009, au moment même où le Lamentable, sculpture en néons de François Morellet, s’illuminait dans le choeur de l’église, l’artiste ne put s’empêcher de s’exclamer soudain que, là, l’oeuvre lui « échappait  ». Alors que son oeuvre ne prétendait à aucune intention spirituelle en elle-même, placée dans l’église elle laissait advenir et jaillir une interprétation qui la dépassait. En 2011, lorsque les deux panneaux composant l’oeuvre Horizontal + Vertical Paintings d’Alan Charlton furent placés dans l’oratoire, en vis-à-vis de chaque côté de l’autel, rien ne laissait augurer qu’allait tout à coup s’ouvrir le champ d’une dimension spirituelle bouleversante, au point que l’artiste affirma avoir vécu cette exposition comme « un accomplissement ». Ce qui advint alors est de l’ordre de « l’indicible », pour reprendre une expression de Le Corbusier.

La spécificité de ce que nous offrons à La Tourette nous permet d’inviter de nombreux artistes, français et étrangers, d’envergure internationale. Nous avons accueilli notamment François Morellet, Vera Molnar, Alan Charlton, Anne et Patrick Poirier, Geneviève Asse, Michel Verjux, Anish Kapoor et Lee Ufan. Cet accueil d’artistes contemporains s’inscrit dans la lignée des intuitions défendues par les pères Couturier et Régamey, codirecteurs de la revue L’Art Sacré dans les années 1950, qui prônaient l’appel aux plus grands artistes de leur temps. C’est précisément dans ce contexte historique que Le Corbusier avait été choisi pour construire le couvent de La Tourette. L’organisation d’expositions de grande ampleur comme celles d’Anish Kapoor en 2015 ou de Lee Ufan en 2017 n’a été rendue possible qu’avec le soutien généreux de mécènes.

 

D’une exposition à l’autre, les artistes invités viennent d'abord résider au couvent pour la préparation de l’événement. C'est ensuite le temps du choix des œuvres dans les ateliers, en fonction des espaces conventuels où elles doivent être exposées. Ce choix résulte d’une rencontre entre l'artiste et le frère, vrai dialogue où se mêlent connivence, intuition, perception des oeuvres et sens de l’architecture.

 

Nos rapports avec les artistes sont placés sous le signe de la confiance mutuelle et de la gratuité : nous offrons des espaces conventuels et les artistes nous prêtent leurs oeuvres pendant quelques mois. Bien souvent, ces oeuvres préexistent à l’exposition, mais parfois elles sont conçues spécifiquement pour l’exposition en réponse à ce que l’artiste perçoit de l’architecture. Pour la dernière exposition, qui s'est tenue en 2017, l’artiste coréen Lee Ufan a conçu et créé six grandes installations spécialement pour le couvent.

 

La rigueur de la ligne artistique que nous défendons nous a ouvert un accès à la Biennale d’art contemporain de Lyon. Elle inclut désormais nos expositions dans son programme officiel, ce qui — outre la reconnaissance — nous assure une très grande visibilité dans la presse nationale et internationale. D'où le nombre considérable et croissant de visiteurs dont beaucoup découvrent le couvent à cette occasion. Se rendre disponible pour les recevoir et les guider dans la découverte des oeuvres est pour nous important. Ces moments d’échanges, souvent très riches, favorisent la réception des oeuvres.

 

Un des enjeux de ces expositions est en effet d’apprendre à regarder une oeuvre. Bien souvent, les gens se disent déroutés par l’art contemporain. Or, pour recevoir une oeuvre, il faut commencer par comprendre, ne serait-ce qu'un peu, quels ont été la recherche et le travail de l’artiste depuis des années. Mais aussi, il faut donner du temps à l’oeuvre pour ne pas rester sur une impression superficielle et rapide, mais qu’une rencontre silencieuse ait lieu. Être bienveillant et ouvert d’esprit. Il en va de l’accueil d’une oeuvre comme de celui d’une personne. Cet accueil sollicite en nous une ouverture à ce qui est différent, déroutant, inhabituel, dérangeant. Surmontant un premier sentiment d’inquiétude, voire de peur ou de rejet, nous sommes invités à un déplacement intérieur. Et l’accueil bienveillant d’une oeuvre d’art contemporain n'est peut-être pas sans rapport avec notre façon d’accueillir l’autre, notamment celui qui ne nous ressemble pas. La rencontre avec une oeuvre peut ainsi se faire expérience spirituelle.

 

Une programmation à La Tourette se doit d’être accordée tant à l’architecture rigoureuse de Le Corbusier qu'à une vie religieuse avec ses exigences propres. Le sens de ces expositions est important pour la vie du couvent, lieu d’ouverture où se poursuit une mission de rencontre avec la création de ce temps. Il l’est également pour les artistes invités dont les oeuvres viennent « habiter », pour un temps, dans une architecture majeure qui abrite une vie à la fois humaine, spirituelle et culturelle. Il l’est enfin pour les visiteurs, qui vont de l’amateur éclairé ou professionnel de l’art contemporain au néophyte venu des environs, car elles renouvellent leur regard sur le couvent et sur les oeuvres.

 

Ces expositions de La Tourette sont autant d’occasions d’un déplacement du regard, d’un déplacement intérieur.

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