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Jusqu’au XVIe siècle, la vie religieuse occidentale se développe selon deux modèles : «monastique» avec la Règle de saint Benoît et ses interprétations, et « canoniale » autour de la Règle de saint Augustin. Or ces deux traditions adoptent le cloître comme lieu de vie.

On aurait pu s’attendre à ce qu’au XIIIe siècle, les Frères Précheurs, comme tous les Ordres mendiants, abandonnent le cloître puisque leur apostolat les portait au-dehors. C’est tout le contraire qui se passe. Dans le libellus rédigé par le successeur de saint Dominique, on voit comment un des premiers soucis, au moment d’ériger une communauté à Toulouse, est d’élever un cloître avec un étage de cellules suffisamment commodes pour étudier et pour dormir. Le cloître sera le lieu de refuge pour la contemplation et l’étude après les fatigues apostoliques. Il est un des lieux de silence et de retrait prévu par les Constitutions primitives des Dominicains.

À l’époque contemporaine, cette clôture trop visible pour un Ordre apostolique sera repensée par l’invention d’un cloître à trois côtés, le quatrième étant symboliquement ouvert sur le monde à évangéliser. (exemple : notre couvent de Lille réalisé en 1957 par P. Pinsard).

Les cloîtres pourront être décorés. On pense au couvent dominicain de San Marco à Florence, peint par le dominicain Fra Angelico et dans lequel médita Savonarole ou encore celui du couvent de la Minerve à Rome.

Le développement du cloître dans l’histoire occidentale le conduira à devenir cénotaphe, mausolée ou panthéon, accueillant les dépouilles des religieux puis des bienfaiteurs, parfois revêtus de l’habit de l’Ordre. Saint Dominique n’avait-il pas exprimé son souhait : À Dieu ne plaise que je ne sois enseveli ailleurs que sous les pieds de mes frères !

Le cloître occidental revêt donc de multiples fonctions : funéraire, liturgique, artistique… Habité par l’eau, la terre, par les plantes et les arbres, il semble n’être fermé horizontalement que pour être mieux ouvert verticalement, comme aspiré par le ciel. Il se propose à la fois comme statique et dynamique. Après la statio, recueillement avant l’office choral, la procession des religieux s’ébranle vers l’église. Puis elle revient vers le réfectoire, dans un rythme immuable de la prière et du travail.

Le cloître est au centre de l’espace et du temps : il est entre terre et ciel ; entre le quotidien et l’éternel ; entre les exigences du corps et les aspirations de l’esprit. Il est un haut lieu de la spiritualité.

Le cloître exige un jardin, nécessairement domestiqué et soigné, qui ne fait pas concurrence aux autres espaces cultivés. Il ne peut se passer de la présence de l’eau, avec la fontaine ou un puits au centre et, le plus fréquemment, une vasque sur le côté du réfectoire pour se laver les mains ou laver celles des hôtes en signe d’hospitalité.

Le cloître est de fait un jardin, le jardin de l’âme. Référence au Cantique des Cantiques (chapitre 4, 12), il renvoie également au jardin d’Eden, relayé par celui de Gethsémani et celui du tombeau du Christ, là où la Création apparaît dans sa splendeur originelle, dans sa chute et son relèvement. Pour saint Bernard, le jardin relève du monde créé, mais blessé par le péché, en attente de réconciliation. C’est tout le paradoxe du jardin, et donc du cloître, et aussi de la nature : un certain ordre rendu fragile ou blessé, mais permettant de passer à la rédemption.

La disposition du cloître en carré est la figure de cet ordre du monde en attente d’une autre plénitude. Les quatre côtés du cloître – et la quaternité en général pour la pensée médiévale – expriment l’ordre de la nature : les quatre éléments, les quatre saisons, avec déjà une ouverture vers le salut par les quatre fleuves du Paradis, les quatre Évangiles, annoncés par les quatre animaux du livre d’Ézéchiel, et la division du temps en quatre âges du monde.

La forme carrée du cloître ne s’est donc pas imposée sans raison, malgré quelques exceptions. Ainsi le jardin clos, le cloître, est-il un passage, non seulement pratique entre les divers lieux de la vie monastique, mais aussi vers le salut.

Le cloître et l’église conventuelle, et leur passage de l’un à l’autre, en arrivent à former une image de l’Église à la fois visible et invisible dans le déjà là et pas encore de la condition terrestre rachetée. Dans le cloître, elle est pérégrinante, levant ses regards vers le ciel, se désaltérant à la source d’eau vive, contemplant la terre du jardin qui donnera son fruit (Psaume 84, 13). Dans l’Église, elle chante la louange des élus, elle forme le Corps du Christ et s’en nourrit en même temps, mais elle retournera à ses occupations quotidiennes par le cloître, dans un va-et-vient, attendant le Retour, quand Dieu sera tout en tous (1ère Lettre de S. Paul aux Corinthiens, chapitre 15, 28).

 

Fr. Guy Bedouelle, o.p. †

Extrait d’un article intitulé «Le jardin clos»
paru dans la revue Pierre d’Angle n° 2004/10

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