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« En notre qualité de coopérateurs de l’ordre des évêques, de par l’ordination sacerdotale, nous avons pour office propre la charge prophétique dont la mission est d’annoncer partout l’Évangile de Jésus-Christ par la parole et par l’exemple, en tenant compte de la situation des hommes, des temps et des lieux, et dont le but est de faire naître la foi, ou de lui permettre de pénétrer plus profondément la vie des hommes en vue de l’édification du Corps du Christ, que les sacrements de la foi amènent à sa perfection. »
LCO des Frères Prêcheurs, (Constitution fondamentale, paragraphe V).

 Église, terre de mission
La Paroisse du Saint Nom de Jésus
« …Et avec mon esprit… »
Religieux au service d’un diocèse
Diverses insertions dans l’Église locale
Vicaire auxiliaire dans une paroisse
Dominicain et curé, quelle aventure !
Au service de l’Église en Norvège

 

Église, terre de mission
par le frère Jean-Paul Vesco, Évêque d’Oran

 

Depuis plusieurs années la collaboration avec les églises diocésaines n’a cessé de se renforcer : aumôneries d’étudiants, d’hôpitaux, de prisons, animations de centres théologiques diocésains, vicaires ou curés de paroisses, et même vicaire général. C’est vrai pour la France et c’est vrai aussi pour les vicariats.

 

Comment faut-il interpréter cette orientation de fond ? Ne sommes-nous pas faits pour être là où l’église diocésaine ne peut pas être ? Si assurément. Et c’est précisément ce que nous faisons en collaborant à sa mission. La question n’est pas tant de savoir si nous devons être en charge de paroisses, la question est de savoir comment l’être à la manière dominicaine.

 

Lorsqu’une demande de ce type m’a été adressée, lorsque j’étais provincial, je me suis toujours posé la même question : « dans le contexte d’aujourd’hui, Dominique aurait-il répondu favorablement à cette demande ? » La réponse a toujours été « oui » parce que la soif d’entendre l’Évangile et de célébrer les sacrements est présente au cœur de la vie diocésaine et au cœur de notre vocation dominicaine.

 

Ainsi, lorsqu’il m’a été de demandé de quitter ma charge de provincial pour remplir le service de l’épiscopat dans la toute petite église d’Oran, n’ai-je pas pu dire non.

 

 

La Paroisse du Saint Nom de Jésus
par le frère Jean-Etienne Long, o.p.

 

À la fondation du Couvent dans les années 1850, il n’y a pas encore de paroisse, mais après l’expulsion des Dominicains en 1903 au nom de la République, l’évêque de Lyon érige l’église du Saint-Nom en paroisse, et à leur retour en 1916, les frères prennent en charge la paroisse et en sont les pasteurs jusqu’en 1984.

 

Ils sont bien connus du quartier, parce qu’ils animent à la fois une école, une bibliothèque, des groupes scouts, des colonies de vacances, des conférences Saint-Vincent-de-Paul, les divers mouvements d’action catholique, et la fameuse salle de cinéma baptisée Lacordaire. Tous les anciens du quartier se rappellent donc avec bonheur de la présence des frères au Saint-Nom, dont on peut citer les derniers curés, encore connus de nos générations, tels les frères Loez et Santa Maria.

 

En 1984, la Province de Lyon considère que la situation financière et humaine ne permet plus de s’occuper de la paroisse. Les terrains des « patronages » sont vendus, l’école sauvée in extremis, et l’église est confiée au diocèse sous le régime du commodat, la paroisse étant rapidement confiée au Père Xavier Guillemet, salésien incardiné dans le diocèse, depuis vingt ans déjà sur place comme vicaire, et qui assurera jusqu’à sa mort (en décembre 2011) non seulement l’animation de la paroisse, mais une présence attentive au quartier, notamment à travers son soutien à l’association sportive de L’éveil et à l’association de réinsertion par le travail Spirale.

 

Depuis 1985, les provinces de Lyon et de Paris se sont réunies, le couvent s’est repeuplé, avec une moyenne de vingt-cinq frères, le diocèse doit aujourd’hui envisager ici et là des regroupements paroissiaux, bref, il semblait bien naturel que les Dominicains soient sollicités un jour ou l’autre pour prendre en charge la paroisse. Le père Xavier travaillait déjà avec un vicaire dominicain, le frère Francis, et après l’élaboration d’une convention entre le diocèse et la Province, le Cardinal Barbarin vient de nommer curé le frère Joseph de Almeida. 

 

Cela faisait quelque temps que nous en parlions, et à la vérité, que nous nous interrogions : il n’est pas si simple pour une communauté d’accepter la charge d’une paroisse, d’une part parce qu’il y a un risque que le curé et le vicaire vivent concrètement hors de la communauté et que la communauté n’ait aucun lien avec la paroisse, d’autre part parce que dans notre Province, très peu de frères ont cette expérience, ou se sentent prêts à la risquer, du fait d’autres tâches et d’autres manières de servir la prédication. 

 

Mais nous avons surmonté ces craintes, et nous avons bien l’intention d’essayer un rapport communautaire à la paroisse, dans le respect de sa dynamique et de ses traditions. Il nous faudra pour commencer nous écouter mutuellement pour comprendre nos attentes respectives et voir comment œuvrer au mieux au service de la liturgie et de la pastorale, en harmonisant nos énergies ! 

 

 

« …Et avec mon esprit… »
par le frère Thibaut du Pontavice, o.p.

 

« La grâce de Jésus notre Seigneur, l’amour de Dieu le Père et la communion de l’Esprit Saint soient toujours avec vous »… Grand silence… Je me dis que c’est à cause du froid de la cathédrale ou de l’émotion, que les langues vont bien finir par se délier. Eh bien non ! Ce silence pesant va, de fait, se prolonger jusqu’à l’Amen final du baptême, du mariage ou bien de la sépulture. Les « Le Seigneur soit avec vous ! », ou encore les « Acclamons la Parole de Dieu ! » resteront donc eux-aussi sans réponse… Le frère Jean-Charles appelle ce genre de célébration les messes avec « mon esprit » tant le « vôtre » semble, au mieux, endormi, au pire, absent.

 

Pourquoi s’engager en paroisse ? Tout simplement pour découvrir ce peuple de Dieu tel qu’il est aujourd’hui. Dans nos couvents, nous rencontrons un tout autre public, avec des fidèles qui démarrent au quart de tour. À peine la préface finie et deux trois notes entonnées que l’assemblée a déjà repris en chœur, voire en polyphonie, le Sanctus, au grand dam du frère chantre qui aurait bien aimé faire son petit solo tranquille. Pour trouver donc ces hommes et ces femmes plus loin de l’Église, aux frontières de celle-ci comme nous aimons à le dire chez les dominicains, il n’est plus besoin aujourd’hui d’aller bien loin. Repérez la première église paroissiale venue et acceptez d’y célébrer les sacrements d’initiation ou bien des funérailles sans choisir votre « clientèle ». Vous êtes alors certains de tomber là sur les Cumans des temps modernes, sur ces fidèles devenus sans même toujours s’en rendre compte, infidèles.

 

Pour le premier baptême que j’ai eu la chance de célébrer, les parents m’avaient proposé, suite à la rencontre préparatoire, de bénir la médaille du petit. Je pose donc solennellement l’écrin sur l’autel et célèbre le baptême, « avec mon esprit » il va s’en dire. Vient la fin de la célébration et le temps de la bénédiction. J’ouvre solennellement la boîte où se trouve la précieuse médaille offerte par la marraine. Et là, grande surprise : point de Vierge, ni de saint patron, encore moins de croix, mais une magnifique représentation du signe zodiacal de la Balance, tout en or massif. Rien d’étonnant. Le petit Kilian, devenu tout juste enfant de Dieu, était né au début du mois d’octobre. Sa famille très attentionnée voulait donc mettre toutes les chances de son côté : le Christ mais aussi les astres ! 

 

Quelle chance pour le dominicain frais émoulu des couvents de formation de se trouver devant ces hommes et ces femmes au moment où ils vivent un moment crucial de leur vie : une naissance, un mariage, un décès… Avec leurs doutes, leur foi chancelante ou absente, ils sont pourtant bien là, devant vous, dans l’attente, même s’ils ne le savent pas toujours, d’une parole ou d’un geste qui leur (re)découvriront le visage du Christ. Bien sûr, la tâche pour le frère peut être parfois difficile. Même en remontant les manches de son habit, il peut se heurter à un mur infranchissable. Qu’importe. Il aura au moins semé, laissant à Dieu le soin de faire fructifier ce que ses mots maladroits auront tenté d’exprimer.

 

S’il en était besoin, une deuxième raison peut encore justifier la présence d’un frère en paroisse. Les prêtres diocésains ont aujourd’hui beau jeu de nous faire remarquer que nous ne méritons pas toujours le titre de « frère prêcheur » car, de fait, nous ne prêchons pas si souvent que cela. Dans un couvent de dix frères, le tour de prédication revient en réalité assez rarement. Pour les couvents parisiens, n’en parlons pas ! Nous prêchons bien sûr aussi à l’extérieur, mais devant des assemblées à chaque fois différentes et Il est alors souvent tentant de recycler ce qui a été déjà donné et bien reçu ailleurs. Une telle répétition en paroisse devient impossible car elle est bien sûr trop visible ! Le prédicateur est donc contraint de travailler beaucoup plus pour pouvoir se renouveler au fil des dimanches et c’est finalement une chance extraordinaire. Par la régularité de l’exercice, il découvre aussi qu’il lui est possible de déployer une véritable catéchèse dans la durée, qui sera d’autant plus pertinente qu’il connait de mieux en mieux ceux à qui il s’adresse. 

 

Avec ce temps qui passe, la paroisse permet enfin de vivre des accompagnements au long cours. À mon arrivée à Tours, j’ai croisé des jeunes professionnels. J’ai appris à les connaître et eux-aussi se sont découverts entre eux. Plus de huit couples se sont ainsi formés au sein du groupe (Meetic n’a qu’à bien se tenir !) que j’ai eu la chance, pour certains, de marier. Dimanche après dimanche, je les ai ensuite retrouvés au cours des eucharisties dominicales et lors de nos rencontres régulières. Après le mariage, j’ai poursuivi logiquement l’accompagnement en célébrant les baptêmes. Au fil des mois et des années, c’est donc l’action de Dieu qui se rend beaucoup plus visible. Ma parole, parce qu’elle exprime ce que je vois, se fait alors plus concrète et, je l’espère aussi, plus vivante.

 

Ces premières années de ministère paroissial, vous l’aurez compris, m’ont donc beaucoup apporté et me donnent même l’envie de poursuivre dans la même direction.

 

 

Religieux au service d’un diocèse
par le frère Claude Bonaïti, o.p.

 

Le couvent de Poitiers a été fondé en 1219 mais a subi au cours de l’histoire de nombreuses vicissitudes. Il est actuellement situé à quelques dizaines de mètres du plus ancien baptistère de France, entre la cathédrale et le centre diocésain. Un de nos plus proches voisins est Mgr Pascal Wintzer, archevêque de Poitiers. Le frère Étienne Duchesne, le plus ancien du couvent, est bien connu de tous nos amis du Rosaire. Trois autres frères ont reçu des missions diocésaines avec des responsabilités territoriales évoquées par les Amitiés dominicaines dans le passé.

 

Le frère Jean-Didier Boudet, au sein de l’équipe pastorale du centre-ville, assume la responsabilité pastorale de l’église Notre-Dame la Grande. Le frère Manuel Maïcas assume la responsabilité d’un secteur rural (La Villedieu-du-Clain) de 11 000 habitants. J’assume moi-même la responsabilité du secteur urbain de Poitiers-Ouest (20 000 habitants). Mon expérience de prêtre diocésain (de 1980 à 1985 à Besançon) et ma connaissance de nombreux diocèses par ma présence au service des Équipes du Rosaire me permet d’avoir un regard original sur la place d’un prêtre dominicain au sein d’un diocèse. Dans notre Province, nous avons un nombre non négligeable de religieux ayant des responsabilités d’aumôneries (étudiants, lycéens, hôpitaux, prisons…) mais seulement quelques-uns ont la responsabilité directe d’une paroisse.

 

L’expérience poitevine est une exception dans le cadre pastoral de notre Province mais en même temps un véritable lieu d’expérience qui pourrait nous permettre de mieux comprendre les besoins de l’Église de France dans les prochaines années. 

 

Le récent synode romain nous invite justement à réfléchir aux réponses à mettre en œuvre face aux besoins d’une nécessaire « nouvelle évangélisation ». Or, quotidiennement nous sommes confrontés à cette réalité : la pratique religieuse est de plus en plus minoritaire ; nous croisons, en catéchèse, des enfants de bonne volonté mais peu soutenus par leurs familles ; les demandes sacramentelles, baptêmes et mariages en particulier, sont de plus en plus rares, et les futurs mariés ignorent le plus souvent les bases de la foi chrétienne. 

 

Du fait du vieillissement de la population, les enterrements sont par contre une part non négligeable de nos occupations, et nous donnent l’occasion de rencontrer les chrétiens peu pratiquants. Les familles en deuil (pour ma part… près de 150 par an dans mon secteur) méritent toute notre attention : elles ont souvent un si grand besoin de parler.

 

La charge paroissiale et l’éloignement géographique par rapport à notre couvent ne favorise pas notre vie communautaire mais il en est souvent de même pour toute charge apostolique. Si nous en souffrons parfois, nous n’oublions pas le cri de saint Dominique : Que vont devenir les pécheurs ? Mais nous aurions parfois aussi envie de reprendre à notre compte les cris de saint François-Xavier, constatant en Inde le manque cruel de missionnaires. 

 

L’expression « France, pays de mission » est pour nous d’une grande actualité. La tâche est immense et nous sommes heureux de partager notre ministère avec un grand nombre de laïcs toujours prêts à nous apporter leurs collaborations. Au service d’un diocèse, nous espérons être toujours fils de saint Dominique.

 

 

Diverses insertions dans l’Église locale
par le frère Michel Lachenaud o.p.

 

Toute ma vie apostolique, je l’ai passée dans un service pastoral, finalement en trois lieux différents, Yoko, Douala et Poitiers. Pourtant rien ne me destinait à cela. Quand je me suis orienté vers un départ pour l’Afrique, je me suis lancé dans les études d’histoire africaine, et arrivé au Cameroun, j’ai pris le temps de recueillir les traditions et d’écouter le peuple Vuté, en vue d’un doctorat d’histoire. Tout en aimant et en respectant la recherche intellectuelle, j’en ai perçu les limites et j’ai préféré privilégier le temps de la rencontre et de l’amitié. J’ai donc choisi de m’insérer au service d’un peuple, acceptant de durer, de vivre ensemble, et de devenir un des leurs, tout en demeurant étranger.

 

À Yoko, j’ai eu en charge une immense paroisse avec une cinquantaine de communautés locales. La caractéristique de ce service fut, durant plus de vingt ans, de participer à la naissance d’une Église. Dans certains villages, au début, il n’y avait pas un baptisé, mais avec le temps, les rencontres toutes simples, le partage d’une Parole, l’intérêt a jailli pour qu’une communauté puisse naître dans le village. Le pasteur est alors celui qui accompagne, indique un chemin et forme des formateurs. La charge pastorale permet de porter avec les autres prêtres du diocèse le poids du jour et notre parole est alors crédible quand nous intervenons dans la formation diocésaine.

 

À Douala, le contexte était tout autre. L’évangélisation était beaucoup plus ancienne. La ville n’avait cessé de progresser et la paroisse que l’archevêque nous avait confiée se trouvait en milieu populaire. Quand vous arrivez à Douala, la première impression c’est celle d’une foule qui grouille. Du matin au soir les gens ne cessaient de passer au « bureau », il ne désemplissait pas. Le pasteur est alors disponible à tous, sa porte est ouverte ; il écoute la femme qui ne peut plus nourrir ses enfants, celle qui est visitée par de mauvais esprits, le jeune qui ne voit pas quel sera son avenir, celui qui veut le baptême ou tout simplement celui qui vient parler avec lui de sa famille. Il a le souci de connaître tous les habitants du quartier. 

 

J’ai passé bien du temps à visiter les différentes cases, découvrant ainsi la réalité des conditions de vie et partageant les problèmes quotidiens qui préoccupent les habitants. Mais dans un tel contexte il faut aussi organiser les messes, planifier les chorales, suivre les groupes et les mouvements et être attentif à la catéchèse des adultes et des jeunes. Il s’agissait toujours de groupes importants. La dernière nuit pascale passée à Douala, j’ai baptisé plus de 90 adultes.

 

Revenu en France, les divers secteurs paroissiaux qui me furent confiés dans le diocèse de Poitiers m’ont alors permis de redécouvrir mon propre pays et la situation de l’Église de France. J’ai pu participer à la pastorale innovante de ce diocèse. J’ai pu prendre conscience de la grande misère des communautés rurales, de l’absence des jeunes. Quelle différence avec ce que j’avais connu à Douala ! Mais cela m’a permis de travailler avec de nombreux laïcs, de m’émerveiller devant le dévouement de ceux qui s’engageaient pour que l’Église soit présente dans les quartiers et les villages. Parfois j’ai eu l’impression de ne célébrer que des enterrements, une dizaine par semaine, mais j’ai aimé ces moments où une parole vraie pouvait être dite, face à une assemblée que je ne retrouvais jamais le dimanche.

 

Dans ces trois lieux, la charge d’une paroisse m’a permis de rencontrer toutes sortes de gens, elle a permis aussi un vrai travail de collaboration avec le presbyterium des différents diocèses. A chaque fois la formation a toujours été une priorité, j’ai toujours invité chacun à se ressourcer à la Parole de Dieu, et ce n’est pas rien de devoir prêcher chaque dimanche à la même assemblée pendant des années.

 

 

Vicaire auxiliaire dans une paroisse
par le frère Maurice Billet, o.p.

 

La paroisse de Notre-Dame-de-Pellevoisin est la paroisse dont dépend le couvent de Lille et il a été souhaité par la communauté qu’il y ait un frère qui fasse le lien entre la paroisse et le couvent. Ce lien existait déjà, puisque des frères allaient souvent aider le curé à sa demande, en particulier le frère Jacques-Dominique Amoudru.

 

Le territoire de cette paroisse est à cheval sur deux communes : Lille et Marcq-en-Barœul. Sa population est d’environ 11 000 habitants. Celle-ci est constituée, en majorité, de cadres moyens et d’enseignants. Les habitants y résident, pour la plupart, depuis de nombreuses années. Cela explique une convivialité et une solidarité évidentes, même si la population est vieillissante. L’église a été construite de 1906 à 1911, d’après les plans de l’architecte Louis-Marie Cordonnier, nous avons donc célébré son centenaire l’année dernière ! Le bâtiment est vaste et permet des célébrations conviviales.

 

J’ai pris mes fonctions en octobre 2008, avec l’abbé Fabien Cristofoli, qui était, lui, au service de la paroisse depuis vingt ans. Il quitta sa charge, à l’âge de la retraite, en septembre 2009. Homme très sympathique, il a été enseignant dans des collèges, il a aussi assuré l’aumônerie du Lycée Faidherbe pendant de longues années. En côtoyant les élèves du lycée, il fut sensibilisé à l’adaptation nécessaire du langage de la prédication auprès de ceux-ci. Ses homélies étaient très appréciées, évangéliques et très simples, et reflétaient son tempérament convivial et ouvert.

 

L’abbé Fabien fut remplacé par l’abbé Christophe Aernouts, un prêtre ordonné en 2008. Passionné par la Bible, il a notamment passé une année à l’École biblique de Jérusalem et dispense maintenant des cours au Grand Séminaire de Lille sur l’Ancien Testament, tout en assumant la charge de curé. Il accompagne aussi les groupes GFU, à Issy-les-Moulineaux, en région parisienne, et est donc très pris !

 

L’abbé Cristofoli m’avait d’abord chargé d’assurer une présence auprès des deux maisons de retraite médicalisées situées sur la paroisse. L’une, l’Arche, est à deux pas du couvent ; elle a un standing un peu plus élevé que l’autre, qui porte le nom de Rose May. Toutes deux accueillent des résidents très âgés, dont certains appartiennent à la nouvelle catégorie du cinquième âge, celle des dernières années de la vie et de la dépendance. Les relations avec les résidents et le personnel soignant et administratif sont bonnes. Actuellement, il y a deux célébrations eucharistiques par mois dans chacune de ces maisons de retraite. Des laïcs m’aident dans le service auprès des résidents, je rends notamment visite aux résidents de l’Arche tous les vendredis après-midi, aidé par cinq bénévoles.

 

À la paroisse, il y a deux messes dominicales : la première le samedi à 17 heures, l’autre le dimanche à 10 heures 30. J’y concélèbre et j’assure l’homélie à la demande du curé. Ces deux messes réunissent environ 500 personnes, en majorité des seniors. Il n’y a pas de messes en semaine, mais les paroissiens viennent à la messe au couvent, où je les retrouve donc. Enfin, le forum des associations, qui s’est tenu récemment, a mis en évidence le dynamisme de la vie de la paroisse. 

 

Bref, j’assure le ministère paroissial habituel : prédication, baptême, confession, célébration de funérailles, messe avec un groupe. Je reçois aussi, pour des entretiens, les personnes qui le désirent. J’essaie donc de me rende utile et de servir le Seigneur et son Peuple, du mieux que je peux, dans une joie sereine et paisible.

 

 

Dominicain et curé, quelle aventure !
par le frère Muhannad Al-Tawil, o.p.

 

Le 1er septembre 2008, 6 mois après mon ordination presbytérale, j’ai été nommé recteur de la mission chaldéenne de Lyon. Presque un an plus tard, le 17 janvier 2010, la mission a été érigée en paroisse et j’en ai été nommé le curé. La communauté des fidèles, bien qu’elle soit chaldéenne, a choisi le nom de Saint-Éphrem (saint Éphrem le Syrien est particulièrement vénéré dans l’Église syriaque) comme nom de cette paroisse pour montrer le grand travail œcuménique que l’Église d’Irak vivait déjà depuis très longtemps.

 

Être curé et dominicain en même temps n’est certainement pas facile. Il m’a fallu trouver l’équilibre entre la vie paroissiale, la vie conventuelle et le travail apostolique puisque je suis directeur régional du Rosaire. Négliger une de ces trois vies au profit d’une autre n’était pas dans mon ordre de jour. J’ai appris à trouver et à savourer le goût de chaque vie apostolique. Mais j’avoue que le travail qui m’a appris le plus et qui m’a fait mûrir dans la foi chrétienne et dans la vie consacrée, c’est plutôt la vie paroissiale.

 

Être curé d’une paroisse orientale en Occident demande un triple effort. D’une part, assurer toutes les célébrations selon le rite de l’Église orientale, ensuite suivre l’évolution de l’intégration de chaque membre dans la société accueillante et finalement veiller sur la foi de chacun pour que l’héritage des ancêtres ne disparaisse pas lors de la diaspora. Les fidèles ne demandent pas seulement un enseignement chrétien bien solide, mais aussi une oreille attentive et une présence réconfortante et rassurante pour avoir plus de confiance et avancer sur le chemin de leur vie. Le rôle du curé s’étend davantage pour couvrir même leurs démarches administratives puisqu’ils sont réfugiés. Le curé devient le traducteur et l’accompagnateur de vie. Il doit être tout simplement l’homme à tout faire.

 

Être curé m’a appris à comprendre la vie des curés autrement, à comprendre les enjeux paroissiaux, la composition de la paroisse et la place des laïcs, à vivre la joie et la tristesse d’une communauté qui essaie de transmettre sa foi à ses enfants, à sentir parfois le vide total et à comprendre que la vie religieuse est parfois loin, et même très loin, de la réalité vécue par le curé de l’église voisine. 

 

Dieu merci, ma présence dans une communauté dominicaine est une assurance pour moi, parce qu’elle me soutient et remplit le vide spirituel qui peut surgir de temps en temps.

 

La Paroisse Saint-Éphrem des Chaldéens de Lyon est certes récemment érigée, mais elle a des racines solides et bien arrosées. Elle est vivante puisqu’il y a beaucoup d’enfants et de jeunes aux célébrations. 260 familles dépendent d’elle, dont la majorité est chaldéenne. Il y a également des familles assyriennes, syriaques catholiques et orthodoxes et arméniennes catholiques. Tous ne font qu’un seul bouquet de fleurs offert au Seigneur.

 

 

Au service de l’Église en Norvège
par le frère Jon Atle Wetaas, o.p.

 

Depuis sa fondation en 1921, et jusqu’aux dernières années, le couvent Saint-Dominique à Oslo est le seul couvent de frères dans l’Église catholique en Norvège avec son église conventuelle propre.


Les activités du couvent et de son église, lieu de culte liturgique et sacramentel important, ressemblent beaucoup à celles des couvents dominicains dans la Province de France. Avec ses célébrations eucharistiques quotidiennes, sa permanence pour les confessions, son accueil d’accompagnement spirituel, ses conférences nombreuses, son groupe de fraternité laïque ; tout très « classiquement dominicain ». Après bientôt cent ans de présence, le couvent est aujourd’hui considéré comme une agora intellectuelle, centrée sur des questions religieuses, éthiques, culturelles et sociales, propres à la societé norvégienne de plus en plus multiculturelle et multireligieuse.

 

Par ailleurs, la différence de la communauté dominicaine à Oslo, par rapport à celles de France, est le lien et la coopération proche avec le diocèse et de l’évêque local, depuis toujours. En effet, à peu près tous les frères de la communauté ont travaillé pour le diocèse, comme curés ou chapelains, dans une des nombreuses paroisses de Norvège, ou à Oslo même. Certains pendant une période de plus de dix ans, d’autres seulement quelques années, ou encore, avec un poste à mi-temps, ou comme aumônier des étudiants, en prison ou autres.

 

L’Église catholique en Norvège a, pendant les derniers 25 ans, grandi énormement en nombre de membres, avec l’arrivée des migrants et des réfugiés de l’Asie et l’Afrique, et surtout de l’Europe de l’Est. Elle compte donc aussi un grand nombre de nationalités, des cultures et des origines éthniques très diverses. En devenant si grande très vite et en même temps si multiculturelle et universelle, les défis sont aussi très nombreux. 

 

Après avoir été une toute petite Église minoritaire, dans tous les sens du mot, presque comme une association où l’on se connaît tous les uns et les autres, avec un petit nombre de fidèles d’origine norvégienne, les paroisses comptent aujourd’hui plusieurs dizaines de milliers de membres, et aussi souvent plus de cent nationalités différentes dans une même paroisse. Dix messes le dimanche, et cinq mariages le samedi, est une réalité très commune de ces paroisses. Cette situation demande une grande attention par rapport à l’administration, à la catéchèse, à l’information, au gouvernement et surtout au niveau des célébrations quotidiennes en langues différentes. 

 

Pour cette raison, les frères o.p. sont de plus en plus demandés pour donner un peu de leur temps au travail diocésain et paroissial. Pour la pastorale et la catéchèse, pour y prêcher et célébrer, pour y accompagner et gouverner. En effet, un poste à mi-temps comme chapelain d’une paroisse peut bien être combiné avec les responsabilités communautaires et des tâches conventuelles, et la célebration liturgique dans l’église conventuelle.

 

Le diocèse d’Oslo (un des trois diocèses de Norvège) s’étend sur un très grand territoire. Il compte maintenant environ trente paroisses, et à Oslo on est en train de construire et de louer de nouveaux bâtiments, pour être capable accueillir le grand nombre de nouveaux fidèles. Les frères qui habitent au couvent aujourd’hui, ont tous travaillé comme curés ou chapelains. Dans le passé, un frère a été vicaire général et un autre peritus (expert) pendant le concile Vatican II.

 

Enfin, étant le seul couvent dominicain en Norvège, les frères n’ont pas la possibilité de changer de lieu d’assignation après une certaine période, comme cela se fait d’habitude dans la Province, sans en même temps changer de pays ! Pour cette raison, peut-être, une période comme curé d’une paroisse est-elle une bonne possibilité de changer un peu d’horizon pour un moment, sans être obligé de quitter le pays!

Ce que nous faisons ? Il est plus simple de dire d’abord ce que nous ne faisons pas. Nous ne faisons pas de business. Nous ne faisons pas carrière non plus. Notre truc à nous, c’est la prédication.

Mais, est-ce que prê­cher c’est faire quel­que chose ? Ou bien ne serait-ce pas seu­le­ment « par­ler » et, pour tout dire, « par­ler dans le dé­sert » : à des égli­ses vides, à un monde trop bru­yant. On par­le et person­ne n’écoute… 

 

Non ! Pour nous, prê­cher, c’est agir. Prêcher, c’est d’abord cher­cher, pour mieux com­pren­dre ce qui se joue dans notre monde. Puis, prê­cher, c’est ren­con­trer les hom­mes d’aujourd’hui : les jeunes ou les vieux, les biens por­tants ou les mala­des, dans l’Église et hors de l’Église… Prê­cher, c’est enfin ai­mer les pau­vres, et le pau­vre en cha­cun. Alors oui, prê­cher c’est, bien sûr, pronon­cer des paro­les, mais pas de ces paro­les qui ne font que « dire ». Nos paro­les, comme des sacre­ments, doi­vent agir, ou­vrir des che­mins de vie, don­ner à voir le Ciel quand l’hori­zon sem­ble bou­ché. Et si nous « fai­sons » tout cela pour d’au­tres, c’est aussi parce qu’à chaque rencontre il nous est donné de ren­con­trer Dieu.

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