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Dans une famille, comme dans une communauté, quand un enfant naît ou quand on reçoit un nouveau membre, c’est le signe que la vie renaît, c’est le signe que cette communauté vit ; et l’on est ainsi en droit, en de pareils moments, d’être en joie.


 

Dans une famille, comme dans une communauté, quand un enfant naît ou quand on reçoit un nouveau membre, c’est le signe que la vie renaît, c’est le signe que cette communauté vit ; et l’on est ainsi en droit, en de pareils moments, d’être en joie. Aujourd’hui nous avons deux frères, les frères Charles et Sébastien Eric, qui vont, on dirait, naître dans la grande communauté de serviteurs de Dieu : la communauté des prêtres. C’est le signe que l’Eglise de Jésus-Christ vit en dépit des difficultés qu’elle a traversées au cours des siècles ou qu’elle peut encore traverser de nos jours. Et c’est bien cette vie que nous voudrions célébrer aujourd’hui et pour laquelle nous voulons rendre gra?ce au Seigneur pour les deux prétres qu’il offre gracieusement a? l’ église. Car ce n’est pas tous les jours que l’on a les ordinations, et il n’est pas non plus évident d’avoir des prêtres disponibles pour toutes les communautés chrétiennes.

La première lecture d’aujourd’hui, tirée du Livre de la Sagesse, proclame d’ailleurs la vie : « Car Dieu n'a pas fait la mort, et il n'éprouve pas de joie de la perte des vivants. Il a créé toutes choses pour la vie ; les créatures du monde sont salutaires ; il n'y a en elles aucun principe de destruction, et la mort n'a pas d'empire sur la terre. Car la justice est immortelle ». Affirmation qui peut parai?tre bizarre, voire irrecevable. En effet, le Livre de la Sagesse qui proclame la vie, est contredit par l’expérience déchirante de la mort qui est entrée dans le monde et qui jette l’ombre du non-sens sur toute l’existence humaine. Cela peut être choquant d’entendre finalement que Dieu n’a pas fait la mort et que la mort n’a pas d’empire sur la terre. Alors que chaque jour nous faisons l’expérience de la mort : les médias ne cessent de nous nourrir des nouvelles de mort. Actualité oblige, pas plus tard que vendredi dernier, dans la nuit, l’évêché de Bambari (le mien), en République Centrafricaine, a fait l’objet d’une attaque par des rebelles de la faction Seleka (faction musulmane), venus cambrioler et voler. A l’issue de cette attaque, mon vicaire général, l’Abbé Firmin a rec?u une balle au ventre. Il en est mort, et son enterrement a eu lieu hier. Contrairement au Sage, la plupart de nos contemporains diraient : « la mort régne encore sur la terre ».

Hier, on a enterré un prêtre dans l’Eglise particulière de Bambari, en Centrafrique. Aujourd’hui, par l’imposition de nos mains, l’Eglise particulière de France, va vivre la naissance de deux nouveaux prêtres, un français et un camerounais (signe de l’universalité de l’Eglise). Ce sont là deux frères qui ont eu à passer leur stage pastoral dans le même pays (la Centrafrique), où le drame de la mort de l’Abbé Firmin s’est produit. Est-ce là une consolation que le Seigneur nous donne aujourd’hui pour combler notre blessure ?

En parlant justement de blessure, frères Charles et Sébastien Eric, comme prêtres, vous serez sans doute confrontés à cette réalité. Vous serez régulièrement amenés à panser les plaies et les blessures du Peuple de Dieu qui vous est confié, et surtout à raviver son espérance. Jésus est là présent aux côtés de Jaïre, le chef de la synagogue, dont la fille vient de mourir. Jésus se laisse toucher par la demande incessante de Jaïre : « Ma fille est à la dernière extrémité. Venez lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive » (v. 24). Jésus est du co?té de la vie.

Le chef de la synagogue, Jaïre, a l’assurance que Jésus peut rendre la vie à sa fille morte. De même, dans le récit de la femme qui a des pertes de sang pendant de longues années, cette femme se veut rassurante : « si je parviens seulement à lui toucher le bout de son vêtement, je serai guérie ». Le coeur de cette femme de l’Evangile est brisé par la tristesse, par l’exclusion, par la solitude. Elle a la certitude que Dieu peut intervenir en sa faveur et lui redonner sa dignité. C’est comme si cette femme disait, a? la suite du psalmiste : « Tu vois ma misère et tu sais ma détresse ; devant moi, tu as ouvert un passage. » (Ps 30 ).

Frères et soeurs, le salut de Dieu prend ici la forme d’une main tendue vers le pauvre, une main qui guérit, qui accueille et soigne les blessures des coeurs brisés. C’est une expérience de proximité concrête de Dieu. Et toute démarche de croyant devrait s’en inspirer. Nous devons maintenant nous poser la question : sommes-nous attentifs pour écouter le cri des pauvres et les secourir ? Ne sommes-nous pas souvent indifférents et impassibles au cri des pauvres ?

Dieu est ému par le désespoir, la souffrance et par la douleur : et chaque fois que nous redonnons espoir, que nous apaisons une souffrance, que nous consolons quelqu'un, nous sommes les instruments de la compassion de Dieu. Imitez donc la tendresse de Jésus : c’est un des traits essentiels de votre mission de prêtre que la liturgie vous propose et nous propose aujourd’hui. Nous sommes prêtres comme fils de Dieu. Comme fils et filles du Pe?re, nous entrons dans le mouvement du Christ vers le Pe?re.

Cette imitation de la tendresse de Jésus suppose en effet un don de soi-me?me. C’est bien ce a? quoi l’Apôtre Paul, dans la deuxième lecture de ce jour, nous invite : « qu’il y ait aussi abondance dans votre don généreux ! Vous connaissez en effet le don généreux de notre Seigneur Jésus Christ : lui qui est riche, il s’est fait pauvre à cause de vous, pour que vous deveniez riches par sa pauvreté » (2 Co 8 ). Notre générosité s’enracine dans celle du Christ. Les foules ont besoin d’entendre la Bonne Nouvelle. Mais ils ne peuvent pas, faute de « pasteurs généreux », de pasteurs prêts à donner leur vie pour servir son Peuple.

Faire don de sa vie. Cette dimension du prêtre qui donne sa vie participe de la vitalité de notre Eglise. Le Seigneur Jésus se donne à nous. Et de là le regard revient encore plus en arrière, à l’heure de la Dernière Cène, où Jésus en rompant le pain, se distribua lui-même, se fit pain pour nous et anticipa sa mort et sa résurrection. Dans l’Eucharistie, comme dans les différents autres sacrements que vous, frères Sébastien et Charles, vous êtes appelés à célébrer régulièrement, vous donnez au monde le Christ, mais plus encore, vous vous consacrez au service du Peuple de Dieu. Vous avez été choisis parmi les hommes et constitués en leur faveur pour vous occuper des choses de Dieu. Exercez dans la joie et la charité sincère l’oeuvre sacerdotale du Christ, en cherchant uniquement à plaire à Dieu et non à vous-mêmes ou aux hommes pour d’autres intérêts.

Mais je voudrais également souligner quelque chose d’important sur la manière dont ce don de soi doit être vécu, sur ce qu’il exige concrètement de nous : l’obéissance et la docilité à la Parole de Dieu. Savoir se donner et prendre du temps pour écouter et méditer cette Parole de Dieu. C’est bien cette Parole qui fonde notre foi et qui nourrit notre agir. Et c’est grâce à cette force qui nous est inoculée par cette Parole qu’il est possible pour vous d’endurer, de supporter les contrariétés, les vicissitudes de la vie. En tant que pasteurs de l’Eglise, nous vivons de cette Parole, et ainsi, nous pouvons l’annoncer comme message joyeux qui nous rend sûrs de l’amour de Dieu et du fait d’être aimés de Lui. Dispensez à tous cette Parole de Dieu, que vous-mêmes, vous avez reçue avec joie. Lisez et méditez avec assiduité la Parole du Seigneur pour croire ce que vous avez lu, enseigner ce que vous avez appris dans la foi, vivre ce que avez enseigne?.

A vous, frères et soeurs qui êtes venus à cette fête, à cette grande fête d’ordination, je vous dis : merci d’être là. Merci pour votre générosité. Priez toujours pour vos prêtres, et plus particulièrement pour nos frères qui vont être ordonnés bientôt. C’est votre responsabilité de soutenir vos prêtres par la prière. Et ne vous lassez jamais de prier pour eux.

+ fr Richard APPORA NGALANIBE Evêque de Bambari (Centrafrique)


 

 

 

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